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mardi, 29 avril 2008
Répulsif anti-jeunes : les raisons de douter
L'avenir d'une invention, par Jérôme Fénoglio
LE MONDE 2 | 18.04.08 |
Il y a les inventions qui font avancer leur époque, et celles qui montrent jusqu'où elle peut reculer. Le Mosquito –Beethoven en France–, ce boîtier émettant des ultrasons insupportables à destination des adolescents, se range dans la seconde catégorie. Son idée de départ, son lieu d'origine, sa diffusion croissante : chacune de ses caractéristiques d'invention à succès trahit le drôle de regard que nos sociétés commencent à poser sur leurs enfants.
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Comme toute invention, le Mosquito a un inventeur. Il s'appelle Howard Stapleton, c'est un ingénieur et homme d'affaires gallois. Et cette origine géographique ne doit rien au hasard. Le Royaume-Uni est aujourd'hui "un pays effrayé par ses propres enfants", comme vient de le décrire, dans une impressionnante enquête, le magazine américain Time du 7 avril. De plus en plus jeunes, les adolescents s'y adonnent massivement au binge drinking, qui consiste à s'enivrer le plus rapidement possible. De plus en plus violents, ils s'assemblent en bandes désœuvrées qui jouent à terroriser les passants.
Que leur opposer? Le Mosquito, dont plus de 3 500 organismes, commerçants ou particuliers, se sont déjà équipés. Martin Carty, gérant d'une petite épicerie à proximité de Londres, est de ceux-là. En juin 2006, exaspéré par un groupe d'adolescents, il affirmait à l'envoyé spécial du Monde qu'il allait bricoler son boîtier pour en augmenter la puissance : "Je veux que ces petits voyous souffrent." Et il ajoutait : "Il faut faire confiance au progrès technique pour résoudre nos problèmes sociaux." La clé du succès du Mosquito tient dans cette phrase. En Grande-Bretagne, où Tony Blair avait promis d'être "dur avec le crime, et dur avec les causes du crime", ce volet préventif s'est transformé en politique de dissuasion, avec le déploiement de 25 millions de caméras de vidéo- surveillance, ou en actions de dispersion, auxquelles contribue le Mosquito. On essaie d'empêcher les conséquences à défaut de s'occuper des causes : ces problèmes de pauvreté, d'éducation et d'autorité dont nul ne nie la gravité.
En France, dont le président vient de déclarer son admiration pour le modèle britannique, le petit boîtier assourdissant a pour l'instant subi les critiques de plusieurs membres du gouvernement. Mais la foi dans le progrès pour faire face à la radicalisation violente d'une partie de la jeunesse n'en a pas moins traversé la Manche. Le nombre de caméras automatiques va tripler, les drones survoleront bientôt des banlieues où les policiers s'aventureront en tenue de Robocop. L'ordre sera de plus en plus souvent maintenu à distance, sans nuances, la solution technologique se substituera encore davantage à la réponse sociale. Et la logique de guerre effacera, chaque jour un peu plus, la possibilité du dialogue. >>
(c) Le Monde 2
09:00 Publié dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



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