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samedi, 24 mai 2008

Cette horreur-là est-elle une spécialité autrichienne ?

<< La classe politique autrichienne aimerait bien se débarrasser de l’affaire d’Amstetten, de l’image détestable qu’elle donne du pays et de ce père criminel qui a enfermé sa fille à la cave pendant vingt quatre ans avec les enfants nés du viol. Mais elle ne sait pas trop comment s’y prendre. Chaque édition spéciale dans les médias apporte jour après jour son lot de révélations, et un degré supplémentaire dans l’horreur et l’inimaginable. Les responsables politiques, constamment pressés de s’exprimer par la presse étrangère, ont donc entrepris de banaliser l’histoire en expliquant qu’elle n’avait rien de spécifiquement autrichien. Ce n’est pas l’avis de Ritchie Robertson qui a co-édité il y a deux ans une histoire de la littérature autrichienne de 1918 à 2000.

Bien sûr, les autres littératures ne sont pas avares de telles perversions ; il n’est que de citer The Collector du britannique John Fowles, roman dans lequel le personnage principal, un sympathique collectionneur de papillons, kidnappe une femme et l’enferme dans sa cave où elle finira par mourir des suites d’une pneumonie. Mais selon Ritchie, dans la littérature autrichienne, non seulement c’est une vieille tradition mais ça se passe toujours en famille. A l’appui de sa démonstration, il cite notamment Adalbert Stifter (Tourmaline, 1853), Ludwig Anzengruber (Das Vierte Gebot,1877), Franz Nabl (Das Grab des Lebendigen, 1917), Elias Canetti (Auto Da fé,1935) ainsi que les nombreux faits divers criminels commentés par Karl Kraus dans son Journal et le Freud de l’Homme aux rats, autant de textes dans lesquels l’autorité du père est centrale.“Josef Fritzl a existé en littérature avant d’exister dans la vie” assure ce spécialiste de littérature autrichienne dans un long article, particulièrement riche et informé, que publie le Times Literary Supplement. C’est Elfriede Jelinek qui va être contente car c’est ce qu’elle ne cesse de répéter. D’ailleurs, il termine son article sur son roman Lust. >>

Sur le blog de Pierre Assouline, samedi dernier.

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