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mercredi, 09 juillet 2008

Pour un Fonds souverain européen

<< Nicolas Sarkozy souhaite faire de la Caisse des Dépôts et Consignations un fonds souverain en soulignant qu'« il n'y a pas de raison que la France n'en ait pas ». Cette proclamation nous invite à réfléchir sur ce phénomène qui hante désormais l'esprit des acteurs du capitalisme globalisé. Peut-être est-il bon de préciser que les fonds souverains sont une accumulation d'excédents financiers détenus par des Etats souverains.

Hormis les fonds de pension, ils sont générés, pour l'essentiel, par la vente de ressources naturelles (pétrole et gaz), ou l'exportation massive de biens et services dont les prix sont particulièrement compétitifs en raison de la faiblesse du coût de la main-d'oeuvre ou de taux de change artificiellement bas.

Les pays qui jouissent de pareilles rentes ont des balances commerciales structurellement excédentaires. En gestionnaires avisés, ils entendent se prémunir contre les conséquences prévisibles du tarissement de ces ressources, du fait de l'épuisement des gisements de pétrole ou de gaz, ou du renchérissement des coûts de production. Ils recherchent donc des investissements de long terme porteurs de revenus futurs et ainsi préserver l'avenir de leurs populations. C'est ainsi qu'ils acquièrent des immeubles de rapport, des bons du Trésor, des actions de sociétés cotées en Bourse ou des PME dynamiques dont l'avenir est prometteur. Leur place et leur poids sans cesse croissants inspirent des craintes chez les dirigeants des entreprises concernées. Ils suscitent des interrogations parmi les responsables politiques à propos de la sécurité et de l'indépendance des nations. On se souvient de la réaction hostile du Congrès américain, en 2006, lorsque des fonds émiratis tentèrent de se porter acquéreurs de sociétés portuaires. La réaction fut étonnamment plus compréhensive, deux ans plus tard, lorsqu'il fallut, dans l'urgence, recapitaliser les banques américaines mises en difficulté extrême par la crise financière des « subprimes », en attendant celle des monolines. Entre-temps, le principe de réalité a fait son oeuvre.

A la vérité, les fonds souverains sont le miroir de nos propres déséquilibres, qu'il s'agisse de nos finances publiques ou de notre balance commerciale, miroir aussi de nos atermoiements et de nos incapacités à engager les réformes structurelles qui conditionnent la compétitivité de nos entreprises, du travail et de nos territoires. Autrement dit, pour disposer de fonds souverains crédibles, il faut d'abord et avant tout des excédents. Il nous faut donc redoubler d'énergie pour rechercher l'équilibre de nos finances publiques et de notre commerce extérieur. Faut-il rappeler qu'en 2007 notre déficit commercial et notre déficit budgétaire atteignent chacun près de 40 milliards d'euros ? L'ampleur envahissante des fonds souverains étrangers justifie pleinement une réaction volontariste mais surtout concertée avec nos principaux partenaires européens. A l'évidence, pendant la présidence française de l'Union européenne, il y a là un thème central et fédérateur au moins aussi important et prioritaire que de vouloir baisser la TVA sur la restauration ! >>

Jean Arthuis in Les Echos, 09-VII-2008 

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