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mardi, 22 juillet 2008
« Il faut produire 30.000 logements de plus par an »
Jean-Luc Berho.
Quel est l'objectif poursuivi par les partenaires sociaux dans la négociation en cours sur le 1 % logement ?
Notre projet est d'arriver à produire 30.000 logements économiquement accessibles supplémentaires chaque année. C'est le point central de la crise actuelle du logement. L'offre est insuffisante dans le parc HLM mais pas seulement. Il faut aussi développer le parc privé conventionné ainsi que l'accession sociale à la propriété. Si toutes ces composantes ne sont pas prises en compte, l'exercice du droit au logement opposable, en vigueur depuis le début de l'année, risque d'avoir pour seul effet de déplacer les files d'attente.
Quelles sont les pistes de réforme à l'étude ?
Nous souhaitons d'abord agir sur la production de logements, en jouant sur la complémentarité des outils existants, notamment fiscaux, afin de cumuler tous les effets de levier possibles. Ensuite, nous préconisons une garantie du risque locatif généralisée, au moment où les professionnels de l'assurance essaient de limiter ce dispositif aux logements « très sociaux ». Le gouvernement n'a, hélas, pas le courage de prendre la décision qui s'impose, alors même que le président de la République s'est prononcé en faveur d'un système mutualisé. Enfin, nous voulons prendre des mesures, dans les HLM comme dans le parc privé, pour réduire la facture énergétique des personnes les plus modestes et pour soutenir la politique de rénovation des quartiers anciens en difficulté.
Où en sont les discussions avec le gouvernement sur l'usage des ressources du 1 % ?
Le débat d'orientation budgétaire pour 2009 a confirmé, la semaine dernière, l'intention de l'Etat de prélever des sommes importantes sur le 1 % logement. Cela risque de mettre en péril les services que nous apportons aux salariés. Je n'appelle pas cela un projet de réforme.
La Cour des comptes a posé la question de la gouvernance. Que faire sur ce point ?
Le contrôle du 1 % logement ne doit plus être juge et partie. Aujourd'hui, l'Agence nationale pour la participation des employeurs à l'effort de construction, l'Anpeec, remplit cette mission alors que siègent en son sein des représentants des collecteurs du 1 %, c'est-à-dire des structures susceptibles d'être contrôlées. Il faut externaliser cette tâche en la confiant, pourquoi pas, à des magistrats. D'une manière plus générale, il faut aller vers un paritarisme plus équilibré, pour en finir avec la présence léonine du Medef, qui dispose de la majorité des sièges dans toutes les instances. >>
Les Echos, 22-VII-2008
« Avoir des accords sectoriels est une priorité »
Les projets d'accords qui sont sur la table des négociations, à l'OMC, vous conviennent-ils ?
Il faut les améliorer. Ils donnent trop de possibilités aux pays émergents de mettre à l'abri certains secteurs industriels de la baisse des droits de douane. Il n'est, par exemple, pas acceptable que le secteur automobile des pays émergents soit complètement à l'abri des baisses tarifaires. De plus, la négociation manque de transparence. Sur l'industrie, l'Europe a proposé de baisser ses droits de douane, mais elle ne sait pas exactement ce que les pays émergents offriront en contrepartie. On négocie des formules de réductions de droits de douane, les pays émergents pourront protéger certains secteurs, mais on ne sait pas lesquels ! C'est un vrai problème.
Quel serait l'intérêt de conclure des accords sectoriels, comme le réclament certaines industries ?
La négociation de tels accords - dans la chimie, les machines-outils ou encore la bijouterie et la joaillerie - est une priorité. Car, avec la réduction des droits de douane qui se profile et les possibilités, pour les émergents, de mettre à l'abri certains secteurs, on manque de nouveaux accès aux marchés. Un accord sectoriel conduirait à éliminer les barrières tarifaires pour un secteur tout entier. Il faudrait qu'il soit conclu par suffisamment de pays pour qu'il concerne, au total, 90 % du commerce mondial de ce secteur. Il est donc important que la Chine, l'Inde et le Brésil acceptent de signer de tels accords. Avoir un accord sectoriel dans la chimie sans la Chine, alors qu'elle est le troisième producteur mondial, n'aurait pas grand sens...
Ce qui ne sera pas aisé...
Les pays émergents sont en effet réticents. Mais le dernier texte sur la table, qui précise ce que pourraient être de tels accords, nous rend optimistes.
Escomptez-vous aussi des résultats sur les barrières non tarifaires ?
Un nouveau système de médiation pour résoudre ce problème précis est sur la table. C'est très important, notamment pour un secteur comme l'électronique. Il faut aussi s'attaquer aux restrictions aux exportations. Des pays producteurs de métaux comme l'Indonésie ou la Malaisie restreignent les exportations en les taxant, ce qui pèse ensuite sur les cours mondiaux...
Qu'attendez-vous de la discussion sur les services, prévue jeudi ?
Avec l'industrie, c'est l'autre volet clef des négociations. Les services, c'est 25 % du commerce mondial. Or, l'Europe est le plus grand exportateur de services. On attend des pays émergents qu'ils fassent des compromis et qu'ils ouvrent leurs marchés de services financiers, de télécoms ou informatiques.
Un accord à l'OMC vous paraît-il envisageable dans les conditions actuelles ?
C'est bien sûr possible. Parce que les pays émergents peuvent faire des compromis et qu'il reste beaucoup de marges de manoeuvre dans les textes actuels. >>
Les Echos, 22-VII-2008
20:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : omc, commerce, mondialisation, rapport, cycle de doha, pascal lamy
Des femmes enrôlées de force dans les services du IIIe Reich enfin indemnisées
Cette signature marque la fin d'un long combat puisque depuis plus de 10 ans des promesses avaient été faites, sans jamais aboutir. Une allocation sera versée pour chacune des personnes encore vivantes incorporées de force dans le Reichsarbeitsdienst, le Service du travail du Reich(RAD) et le Kriegsshilfsdienst, le Service d'aide à la guerre (KHD).
Le RAD fut rendu obligatoire pour les hommes à partir de 1941. Un an plus tard, en 1942, ce sont les femmes qui ont été enrôlées de force dans une organisation d'aide à la guerre, le KHD.
"Une page de l'histoire se tourne", a indiqué Jean-Marie Bockel soulignant pour autant qu'"aucun montant n'était suffisant pour réparer les souffrances que ces personnes ont vécues". La présidente de l'association, Germaine Rohrbach, a quant à elle affirmé qu'après plus de soixante ans, "nos souffrances sont enfin reconnues". >>
19:00 Publié dans Initiatives | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : iiie reich, femmes, armée, alsace, moselle, germaine rohrbach, jean-marie bockel
Volkswagen en passe de ravir à Ford le troisième rang mondial
« D'après nos estimations, le groupe Volkswagen devrait avoir remplacé Ford à la troisième place au premier semestre », a déclaré au « Financial Times Deutsch- land » Detlef Wittig, vice-président du groupe allemand, chargé des ventes et du marketing. « Et nous restons en mode offensif. » En réalité, le rapport de force s'était déjà inversé au premier trimestre. Avec ses marques Volkswagen, Audi, Seat ou Skoda, le groupe de Wolfsburg avait vendu 1,57 million de véhicules, soit 41.000 de plus que Ford.
Depuis, la conjoncture s'est sévèrement détériorée sur le marché américain, où le groupe dirigé par Alan Mulally assure près de la moitié de son activité. Selon « Automotive News », ses ventes aux Etats-Unis ont chuté de 14,5 % au premier semestre, à 1,17 million de voitures. Les chiffres totaux de Ford ne seront connus que jeudi, avec ses résultats semestriels. Facteur de baisse supplémentaire, ils seront amputés pour la première fois des ventes de Land Rover et de Jaguar, les marques britanniques cédées officiellement le 31 mai dernier au groupe indien Tata Motors.
Résultats mitigés en Europe
De son côté, Volkswagen fait état d'une belle santé, avec une croissance de ses immatriculations de 5,8 % sur six mois. Le leader européen, qui présente ses résultats financiers demain, affiche des performances particulièrement bonnes dans les pays émergents, avec une croissance de 23 % en Chine (à 531.600 véhicules, soit presqu'autant qu'en Allemagne), de 22 % au Brésil (316.000) et de 19 % en Europe centrale et orientale (282.000). Il enregistre en revanche des résultats mitigés sur son marché traditionnel, l'Europe (+1,3 %, à 1,84 millions de véhicules dont 534.000 en Allemagne). Il y gagne néanmoins des parts de marché puisque dans le même temps, le marché européen a reculé de 2 %. >>
Thibaut Madelin, Les Echos, 22-VII-2008
18:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : volkswagen, ford, skoda, placement, europe, automobiles, alan mulally
Versailles : la voix qui modernise la Ve République
<< La Ve République bis votée avec une voix d'avance, comme la III e ! Nicolas Sarkozy a gagné son pari, in extremis. La modernisation de la V e faisait partie du programme de « rupture » qu'il avait proposé aux Français : la voici sur les rails. Malgré l'attitude contestable du PS, qui voulait la réforme mais a voté contre au nom d'une vision assez convenue de la politique : quand on est dans l'opposition, on s'oppose, quels que soient le sujet et les circonstances. Peu importe, après tout, les circonlocutions et les sinuosités des socialistes. On retiendra simplement que c'est la droite qui a approuvé hier une réforme réclamée depuis environ un demi-siècle par la gauche. Depuis qu'un certain François Mitterrand, rageant et fulminant, a écrit Le Coup d'État permanent . C'était en 1964.
À quoi ressemblera désormais la Ve République ? Ce sera ni tout à fait la même ni tout à fait une autre. Sur le papier, la nouvelle loi fondamentale marque une évolution notable, avec les pouvoirs nouveaux qu'elle accorde au Parlement. Certains, à droite, brandissent la menace d'une rapide paralysie de l'exécutif, comme si la France était inéluctablement condamnée au grand n'importe quoi dès lors que l'on donne plus de latitude et d'autonomie au pouvoir législatif. N'est-ce pas une vision un peu pessimiste et désespérante des choses ? Avec le vote du Congrès, on ne revient pas à la IVe et à ses gouvernements qui duraient quinze jours. Mais on quitte un système qui voyait toujours les parlementaires perdre leurs bras de fer avec le gouvernement parce que les règles du jeu étaient ainsi faites que l'exécutif avait systématiquement le dernier mot.
Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler que Michel Rocard a utilisé vingt-quatre fois en trois ans l'article 49-3 afin de contraindre sa majorité PS-PC. Ce ne sera plus possible. Comme il ne sera plus possible pour le chef de l'État, quel qu'il soit, d'user et d'abuser de son « pouvoir discrétionnaire » sans demander son avis au Parlement. La réforme votée hier à Versailles multiplie ce genre de dispositions qui, mises bout à bout, dessinent un nouvel équilibre des pouvoirs. Les « majorités contraintes » le seront un peu moins ; en tout cas, on leur en donne les moyens. Le système français perdra de sa singularité - remarquable pour certains, détestable pour d'autres - et le président de la République ne sera plus tout à fait le « monarque républicain » que l'on nous décrit depuis 1958.
Au-delà de l'aspect institutionnel, le vote de Versailles, même s'il fut incroyablement serré, marque une incontestable victoire psychologique pour Nicolas Sarkozy. Cette réforme, dont, depuis des années, chacun parlait avec plus ou moins d'insistance à gauche comme à droite, il l'a faite, même si elle était risquée. Cela s'appelle le volontarisme. La gauche peut reprocher ce qu'elle veut à Nicolas Sarkozy, mais pas d'avoir de la suite dans les idées et de faire rigoureusement ce qu'il a promis. Après Versailles, on peut supposer que le Président ne s'arrêtera pas en chemin. Le vote du Congrès sonne plutôt comme un encouragement à poursuivre la modernisation du « cher et vieux pays ». À la majorité plus une voix. C'est la définition même de la démocratie. >>
Paul-Henri du Limbert, Le Figaro, 22-VII-2008
Les fonctionnalités des mobiles restent sous-exploitées
La première raison, selon TNS Sofres, est le coût - perçu ou réel - du service. Là, la politique tarifaire pratiquée par les opérateurs est très importante. « Les opérateurs vont être obligés de s'aligner sur les forfaits illimités de l'Internet fixe », explique Valérie Morrisson, directrice du département technologies et médias de TNS Sofres.
Deuxième raison : « la concurrence des technologies gratuites déjà présentes au domicile ». Vérifier ses e-mails est en effet inclus dans les forfaits ADSL. Ensuite, TNS Sofres met en avant les « mauvaises expériences. Les problèmes techniques sont encore trop nombreux ». Et l'institut note la « moindre convivialité du mobile par rapport à un ordinateur, tant au niveau de l'écran que du clavier ». Du coup, en France, 3 % des abonnés regardent la télévision en direct sur leur mobile... mais 5 % des abonnés ont arrêté d'utiliser cette fonctionnalité, déçus par la qualité et par le prix qu'ils payent pour ce service. Enfin, « l'évolution des besoins ne se fait pas forcément au même rythme que l'innovation technologique », estiment les auteurs de l'étude.
« Cela reste un marché de l'offre »
Mais tout espoir de démocratiser l'Internet mobile n'est pas perdu. « Quand on met le consommateur dans de bonnes conditions tarifaires et de navigation, cela marche », remarque Valérie Morrisson. Pour preuve, l'iPhone nouvelle génération d'Apple est en rupture de stock dans la plupart des 22 pays où il est vendu depuis dix jours. Et les acheteurs du téléphone d'Apple se connectent massivement à Internet. Selon un sondage effectué par l'institut M : Metrics, 80 % des utilisateurs de l'iPhone surfent sur Internet, contre 32 % en moyenne pour les propriétaires d'autres « smartphones », ces téléphones intelligents. Ergonomie, simplicité d'utilisation, navigation intuitive semblent être les clefs du succès. Mais pas seulement. « Cela reste un marché de l'offre, explique Valérie Morrisson. Les consommateurs ne sont pas spontanément intéressés par ces services. Les opérateurs et les fabricants de téléphones doivent donc stimuler la demande. » Et jouer un rôle de pédagogie en la matière. D'où l'importance aussi du temps passé par les vendeurs en magasin pour expliquer au consommateur les possibilités technologiques de son téléphone. >>
Guillaume de Calignon, Les Echos, 22-VII-2008
16:03 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mobiles, téléphones portables, fonctionnalités, offre, demande, bouygues telecom, orange
Pavlov
A vaincre avec péril, on triomphe avec gloire. C'est ce que fait bruyamment l'UMP.
Quel besoin avait-on d'offrir ce cadeau à un président qui court après les résultats et que l'opinion tient en piètre estime ? Pourquoi, sinon sur la base d'un raisonnement à courte vue, se transformer en opposant de Pavlov qui dit blanc quand Sarkozy dit noir, et noir quand il dit blanc, y compris sur les mêmes sujets ?
Cela plaît peut-être aux militants.
Les logiques de parti échappent parfois à la logique tout court. Mais cela ne fait guère progresser le débat politique, et encore moins l'opposition. >>
Laurent Joffrin, Libération, 22-VII-2008
L'Allemagne, 1945-1955: de la capitulation à la division (2)

14:00 Publié dans Vie universitaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : allemagne, 1945-1955, rfa, rda, réfugiés, après-guerre
Vote au Congrès de Versailles : Le film d'une courte victoire
<< A un cheveu. Ou à deux voix. Il est 18 h 30, et le résultat du scrutin tombe : la réforme constitutionnelle, voulue par Nicolas Sarkozy, est adoptée par 539 (contre 357), soit la majorité requise des 3/5es plus une petite voix. Présent dans la salle, le député (PS) Julien Dray demande un nouveau décompte. La fièvre monte et retombe. C'est fini.
Déjà, la gauche cherche les coupables : le nom de Jack Lang, seul parmi les socialistes, communistes et verts à avoir voté le texte, circule à grande vitesse. A la sortie de l'hémicycle, une mini-altercation éclate entre la socialiste Aurélie Filippetti et le secrétaire général de l'UMP, Patrick Devedjian. "C'est n'est vraiment pas glorieux. Votre victoire vous la devez aux marchandages des voix des radicaux de gauche, et des autres !" "Calmez-vous, c'est fini, vous avez perdu." Un peu plus loin, Arnaud Montebourg (PS) s'enflamme : "C'est un truc de fou. Quand on établit une monocratie, le pouvoir d'un seul, à une ou deux voix près, cela ne peut que se retourner contre ce dernier ! Nous allons continuer le combat pour empêcher les abus de pouvoir !"
Les traits tirés, le ministre des Relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, chuchote : "C'est une opération commando, bien menée, bien réussie, mais je ne ferais pas ça tous les jours..." Le chef de file des députés UMP, Jean-François Copé, rayonne : "La IIIe République a aussi été fondée à une voix près. Je suis sûr qu'au fond d'eux nombre de socialistes sont contents de ce résultat." La réforme, il le sait, le sert, qui renforce son poids face au Premier ministre. "Ce n'est pas le même métier, mais je suis bien où je suis", sourit-il. Retour sur un Congrès joué à pile ou face par le chef de l'Etat.
13 heures. Les parlementaires entrent par petits groupes dans l'aile du Midi du château de Versailles. Des députés UMP échangent leurs pronostics. "Ça passe à trois ou quatre voix", avance l'un. Un autre admet : "Dix, ce serait bien ; cinq, c'est kamikaze." En retrait dans la cour, Roger Karoutchi confie son "stress" : "J'affirme que rien n'est joué."
Dans l'opposition, rares sont ceux qui font mine de croire l'issue serrée. Si le député Jean-Christophe Cambadélis (PS) a "entendu des positions contradictoires, soit ça passerait à dix voix, soit il en manque huit", on échafaude, à gauche, des scénarios plus défaitistes. "C'est du cinéma, ils vont passer largement. Sarkozy veut montrer qu'il sait convaincre, que c'était dur mais qu'il ne recule devant rien, prédit Jean-Marc Todeschini, sénateur (PS). Il n'y a pas un sénateur UMP dont le siège est renouvelable en septembre qui soit contre."
Les incertitudes sur le résultat du vote se sont évanouies, croit savoir François Bayrou, avec "le déploiement d'intimidations, menaces et promesses alléchantes". A quelques pas, le député (UMP) Pierre Lellouche commente les marchandages d'avant Congrès : "Avec les radicaux et les centristes, c'est business as usual !" Mais salue, par avance, le coup de maître : "Si le texte passe, c'est une victoire pour Nicolas Sarkozy. S'il ne passe pas, c'est un échec pour le PS."
14 h 45. Les députés UMP se rendent au premier étage dans la bien nommée galerie des Batailles pour une miniréunion de groupe. François Goulard s'arrête net à l'entrée : "Je n'irai pas, je n'ai pas été invité, je n'ai pas reçu de SMS !" Jean-François Copé tente de le calmer : "Mais si, François, c'est une liste bloquée de SMS, et tu y es !" "Je suis une victime", le repousse Goulard. "Une fashion victime alors !" rigole Copé. Un de ses collaborateurs s'inquiète : ses projections ne donnent que deux voix d'avance. Le député (UMP) André Wojciechowski fait des siennes. "Il est de ceux qui ont des maux d'estomac tous les jours, confie un UMP. Aujourd'hui, c'est mauvaise pioche : il veut voter contre. On a encore une heure pour l'opérer." L'UMP Michel Bouvard ironise : "Ça fluctue, faut pas que ça mergitur !"
15 heures. L'hémicycle se remplit dans un roulement de tambour. Premier à monter à la tribune, François Fillon, encore courbé par sa sciatique, crible de flèches les réfractaires : "On ne peut, tout à la fois, rejeter cette réforme au prétexte qu'elle ne va pas assez loin et faire mine de regretter le surplace [...]. Ne lâchez pas la proie pour l'ombre." Rappelant l'adoption de plusieurs amendements de l'opposition, il appelle celle-ci à "la cohérence" : "On ne peut d'une main, enrichir le contenu d'un texte, et de l'autre main voter contre sa mise en œuvre." Mine circonspecte de François Hollande, qui sourit franchement en entendant Fillon s'interroger : "Peut-on espérer que les enjeux de ce Congrès ne soient pas occultés par ceux d'un autre congrès ?" Et, quand le Premier ministre lance"Voulez-vous élargir les droits de l'opposition en lui ouvrant une part de l'ordre du jour ?", un député de droite lui répond : "Là, on hésite !" A sa suite, les orateurs de chaque groupe indiquent leurs positions : avec brio pour le PS Arnaud Montebourg, avec pugnacité s'agissant du chef de file des députés UMP, plus laborieusement pour les autres.
17 h 40. Alors que les élus sortent des bureaux de vote, les apparatchiks de l'UMP débarquent en formation rapprochée. Tout sourire, Dominique Paillé, porte-parole de l'UMP mais non parlementaire, attrape par les épaules deux blondes radicales de gauche, visiblement acquises à ses vues. Le député (NC) Jean-Christophe Lagarde le tire en arrière : "Vous êtes à dix, je le sais depuis une semaine, arrêtez votre cinéma !" "Huit !" triomphe Paillé. Deux finalement. >>
Laure Equy, Nathalie Raulin, Libération, 22-VII-2008Réduction des émissions de gaz à effet de serre : comment partager les efforts ?
Mis à part les Etats-Unis, la plupart des pays industrialisés reconnaissent que pour avoir une chance de limiter le réchauffement du climat à 2 degrés -comparés aux niveaux préindustriels, il leur faut réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40% d'ici 2020. Est-ce possible ? Oui, à condition de fixer des objectifs contraignants et ambitieux.
Un objectif plus ambitieux encore
En janvier dernier, la Commission européenne a proposé de fixer un objectif global de réduction des émissions européennes de 20% d'ici 2020 ; un chiffre qui pourrait être porté à 30%, si un accord international sur l'après-Kyoto est trouvé l'année prochaine.
« C'est en-deçà de ce qui est nécessaire pour maintenir le réchauffement dans la limite des 2 degrés », juge la députée finlandaise Satu Hassi (Verts/ALE), auteur d'un rapport sur l'effort à fournir par les États membres pour réduire les émissions. Selon elle, l'UE doit aussi se fixer un objectif de long terme de réduction de 80% de ses émissions d'ici 2050. Cela permettrait d'éviter les investissements incompatibles avec ces objectifs climatiques.
Surtout, l'ambition des 30% de réduction des émissions ne doit pas être revue à la baisse par la méthode proposée par la Commission. Outre le fait que la Commission conditionne cet objectif à la signature d'un accord international, elle autoriserait les Etats-membres à comptabiliser des réductions d'émissions enregistrées en dehors de l'UE. Satu Hassi, elle, refuse cette option et défend une stratégie plus ambitieuse.
L'UE et le reste du monde
« Il est faux de croire que nous pouvons continuer à augmenter nos émissions chez nous, en compensant par une réduction ailleurs », explique Satu Hassi, car « les émissions doivent être réduites et limitées partout ! ». Des objectifs ambitieux permettraient de développer des technologies plus respectueuses de l'environnement, ajoute-t-elle.
Mais les pays industrialisés n'en ont pas moins une responsabilité vis-à-vis du reste du monde : les pays en développement ne pourront réduire leurs émissions de 15 à 30%, comme les experts le recommandent, que « s'ils reçoivent une aide de notre part ». Elle proposera donc, dans son rapport, un « engagement extérieur supplémentaire » en matière de réduction des émissions, pour encourager les efforts fournis par les pays en développement en faveur de l'atténuation du changement climatique.
Efforts européens : le principe de solidarité d'abord
L'aviation vient de rejoindre d'autres industries polluantes dans le Système européen d'Echange de Droits d'Emissions, qui limite et réduit les émissions de ces secteurs. Mais quid des secteurs qui ne sont pas inclus dans ce système ? Pour Satu Hassi, leurs émissions doivent elles aussi être limitées-y compris celles du transport maritime international.
Les efforts de réduction entrepris pour ces secteurs doivent être fixés en fonction du PIB par habitant des Etats-membres. Le principe de solidarité s'appliquera, c'est-à-dire que les pays les plus riches devront réduire leurs émissions, tandis que les pays les plus pauvres pourront les augmenter -pour ne pas freiner leur croissance. Et ce, en prenant l'année 2005 comme référence.
Cette date-référence fait pourtant des mécontents : un groupe de nouveaux pays, menés par la Hongrie, a critiqué cette référence comme donnant un avantage aux vieux pays riches de l'UE et ne prenant pas en compte leurs efforts réalisés depuis 1990 -liés à la restructuration des vieilles industries communistes, très polluantes. Ils proposent donc un objectif uniforme de réduction de 18% des émissions au plan européen par rapport à 1990.
« Cette proposition hongroise autoriserait la plupart des nouveaux pays-membres de l'UE à augmenter significativement leurs émissions comparées aux niveaux de 2005 », juge Satu Hassi, « ce qui, selon moi, n'a pas de sens ».
Et maintenant ?
Le rapport de Satu Hassi devrait être voté en octobre en Commission Environnement et en décembre en plénière. Il fait partie du « paquet climat » que la Présidence française espère conclure avant la fin de l'année.
Satu Hassi par Satu Hassi
Elue au Parlement européen en 2004, la vice-présidente de la Commission Environnement Satu Hassi a d'abord été députée dans son pays d'origine, la Finlande, ainsi que ministre...de l'environnement.
Son travail politique s'articule autour de deux défis majeurs, estime-t-elle : « d'abord le lobbying de l'industrie, qui tente d'empêcher, de retarder ou d'enterrer les nouvelles mesures en faveur de l'environnement. Ensuite, la difficulté pour le public -y compris le monde des affaires et les ministères des finances- de réaliser pleinement que le changement climatique est une menace majeure pour l'existence même de nos sociétés et de notre civilisation ». Car, conclut-elle, il est très difficile de comprendre une menace dont nous n'avons pas d'expérience préalable. >>
12:00 Publié dans Initiatives | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : parlement européen, effet de serre, réduction, émissions, réchauffement du climat, union européenne


