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mardi, 22 juillet 2008

Réduction des émissions de gaz à effet de serre : comment partager les efforts ?

<< Les Etats européens se sont engagés à réduire leurs émissions de CO2 de 20% d'ici 2020 -et ce, afin de mieux lutter contre le réchauffement climatique. Les émissions de plusieurs secteurs, comme la métallurgie ou l'industrie du papier, sont couvertes par un système d'échange de droits d'émissions. Dans quelle mesure les autres secteurs, qui contribuent pour moitié aux émissions européennes, doivent-ils aussi contribuer aux efforts ? Le rapport de Satu Hassi appelle à la solidarité.

Mis à part les Etats-Unis, la plupart des pays industrialisés reconnaissent que pour avoir une chance de limiter le réchauffement du climat à 2 degrés -comparés aux niveaux préindustriels, il leur faut réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40% d'ici 2020. Est-ce possible ? Oui, à condition de fixer des objectifs contraignants et ambitieux.

Un objectif plus ambitieux encore

En janvier dernier, la Commission européenne a proposé de fixer un objectif global de réduction des émissions européennes de 20% d'ici 2020 ; un chiffre qui pourrait être porté à 30%, si un accord international sur l'après-Kyoto est trouvé l'année prochaine.

« C'est en-deçà de ce qui est nécessaire pour maintenir le réchauffement dans la limite des 2 degrés », juge la députée finlandaise Satu Hassi (Verts/ALE), auteur d'un rapport sur l'effort à fournir par les États membres pour réduire les émissions. Selon elle, l'UE doit aussi se fixer un objectif de long terme de réduction de 80% de ses émissions d'ici 2050. Cela permettrait d'éviter les investissements incompatibles avec ces objectifs climatiques.

Surtout, l'ambition des 30% de réduction des émissions ne doit pas être revue à la baisse par la méthode proposée par la Commission. Outre le fait que la Commission conditionne cet objectif à la signature d'un accord international, elle autoriserait les Etats-membres à comptabiliser des réductions d'émissions enregistrées en dehors de l'UE. Satu Hassi, elle, refuse cette option et défend une stratégie plus ambitieuse.

L'UE et le reste du monde

« Il est faux de croire que nous pouvons continuer à augmenter nos émissions chez nous, en compensant par une réduction ailleurs », explique Satu Hassi, car « les émissions doivent être réduites et limitées partout ! ». Des objectifs ambitieux permettraient de développer des technologies plus respectueuses de l'environnement, ajoute-t-elle.

Mais les pays industrialisés n'en ont pas moins une responsabilité vis-à-vis du reste du monde : les pays en développement ne pourront réduire leurs émissions de 15 à 30%, comme les experts le recommandent, que « s'ils reçoivent une aide de notre part ». Elle proposera donc, dans son rapport, un « engagement extérieur supplémentaire » en matière de réduction des émissions, pour encourager les efforts fournis par les pays en développement en faveur de l'atténuation du changement climatique.

Efforts européens : le principe de solidarité d'abord

L'aviation vient de rejoindre d'autres industries polluantes dans le Système européen d'Echange de Droits d'Emissions, qui limite et réduit les émissions de ces secteurs. Mais quid des secteurs qui ne sont pas inclus dans ce système ? Pour Satu Hassi, leurs émissions doivent elles aussi être limitées-y compris celles du transport maritime international.

Les efforts de réduction entrepris pour ces secteurs doivent être fixés en fonction du PIB par habitant des Etats-membres. Le principe de solidarité s'appliquera, c'est-à-dire que les pays les plus riches devront réduire leurs émissions, tandis que les pays les plus pauvres pourront les augmenter -pour ne pas freiner leur croissance. Et ce, en prenant l'année 2005 comme référence.

Cette date-référence fait pourtant des mécontents : un groupe de nouveaux pays, menés par la Hongrie, a critiqué cette référence comme donnant un avantage aux vieux pays riches de l'UE et ne prenant pas en compte leurs efforts réalisés depuis 1990 -liés à la restructuration des vieilles industries communistes, très polluantes. Ils proposent donc un objectif uniforme de réduction de 18% des émissions au plan européen par rapport à 1990.

« Cette proposition hongroise autoriserait la plupart des nouveaux pays-membres de l'UE à augmenter significativement leurs émissions comparées aux niveaux de 2005 », juge Satu Hassi, « ce qui, selon moi, n'a pas de sens ».

Et maintenant ?

Le rapport de Satu Hassi devrait être voté en octobre en Commission Environnement et en décembre en plénière. Il fait partie du « paquet climat » que la Présidence française espère conclure avant la fin de l'année.

Satu Hassi par Satu Hassi

Elue au Parlement européen en 2004, la vice-présidente de la Commission Environnement Satu Hassi a d'abord été députée dans son pays d'origine, la Finlande, ainsi que ministre...de l'environnement.

Son travail politique s'articule autour de deux défis majeurs, estime-t-elle : « d'abord le lobbying de l'industrie, qui tente d'empêcher, de retarder ou d'enterrer les nouvelles mesures en faveur de l'environnement. Ensuite, la difficulté pour le public -y compris le monde des affaires et les ministères des finances- de réaliser pleinement que le changement climatique est une menace majeure pour l'existence même de nos sociétés et de notre civilisation ». Car, conclut-elle, il est très difficile de comprendre une menace dont nous n'avons pas d'expérience préalable. >>
 
Parlement Européen, 21-VII-2008 

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