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dimanche, 07 septembre 2008

« An Englishman in Washington » : la couverture par la presse britannique de la primaire républicaine de 1964.

Je publie cet article aujourd'hui car je reste persuadé que la couverture de la presse n'est toujours pas bonne. Les primaires démocrates prouvent que c'est encore d'actualité.

Romain Masson-Mureau.

 

« An Englishman in Washington » : la couverture par la presse britannique de la primaire républicaine de 1964.

 

The glamour that surrounds our Presidents too often distract us from the reality of their operational weakness. This distortion begins with our almost unending preoccupation with election campaign, as distinct from all our spectator sports. Even among those who have chosen to play a role in government, it is very often a part in this process that seems most interesting. [The great journalist] Theodore White gives us a brilliant account of this contest every four years, and there is no one who does a remotely comparable job on the still more important battle to make the Presidency work 1.”

 

Vu de l’étranger, le système politique américain paraît complexe. C’est surtout l’élection présidentielle, ses étapes successives, qui retient l’attention. Les primaires y occupent une bonne place. Bien que cette manière de désigner les candidats soient à présent largement enviée, on la connaît peu ou mal. Récemment, Patrick Jarreau publiait dans Le Monde une analyse sur les réflexions des responsables des partis français 2. L’éditorialiste revient sur le débat suscité par la première primaire organisée dans l’histoire italienne 3. Le Parti communiste, les Verts ainsi que le Parti socialiste sont tentés de soutenir des candidats en commun pour l’élection présidentielle et les législatives. A cet égard, le choix de la primaire semble une solution qui fait son chemin 4.

Aux Etats-Unis, le processus constitué par les élections primaires et par la campagne présidentielle se déroule tous les quatre ans. Chez les républicains, comme chez les démocrates, le choix du candidat dépend localement d’élections organisées sous l’autorité des Etats et auxquelles participent tous les électeurs déclarant leur appartenance à l’un ou l’autre des partis (ou, plus rarement, tous les électeurs qui le souhaitent). A l’issue des primaires qui se tiennent dans les trois quarts des Etats, la convention nationale de chaque parti ratifie le choix du candidat qui s’y est imposé 5. Sur ce plan-là, les primaires présidentielles républicaines de 1964 ne constituent pas une exception.

La désignation d’un candidat, Barry Goldwater, qui revendique fièrement son conservatisme est assurément plus atypique 6. Etudier le mouvement conservateur, c’est aller à la rencontre d’un ensemble de valeurs, d’attitudes et de visions du monde que l’on a peu coutume d’appréhender. Pour un Européen, la pensée politique d’un conservateur paraît totalement étrange. L’Amérique, on se la représente ouverte, tournée vers l’avenir, libérale en un mot. Pendant longtemps, on a cru que les Etats-Unis étaient le pays du conservatisme impossible : le Nouveau Monde n’avait pas de tradition ; il ne pouvait donc pas voir se développer sur son sol de réflexion qui regrette le passé et qui tire ses origines d’une histoire multiséculaire 7.

Jusqu’au milieu des années 60, démocrates et républicains souffrent de divisions régionales et idéologiques à l’intérieur de leur parti. Les démocrates libéraux se trouvent sur les côtes Est et Ouest, principalement en Nouvelle-Angleterre. Les plus conservateurs d’entre eux sont les sudistes. Là, dans les anciens Etats esclavagistes, le parti de l’âne est au pouvoir depuis la Reconstruction 8. Chez leurs adversaires, on retrouve le même clivage. C’est lors des primaires de 1964 que le sort des républicains est jeté. Barry Goldwater, sénateur de l’Arizona, est opposé à Nelson Rockefeller, représentant des modérés du Nord-Est. La défaite du gouverneur du New York sonne le glas de la domination des républicains libéraux (country club Republicans). Dès lors, les désignés à la candidature présidentielle seront des conservateurs 9.

Comment l’appareil républicain est-il passé aux mains des conservateurs ? Pourquoi ont-ils choisi de se défaire du libéralisme ? Comment le discours des conservateurs est-il véhiculé ? Comment se présentent-ils ? Quels moyens mettent-ils en œuvre pour parvenir à leurs fins ? Bref, c’est l’histoire de leur passage de l’ombre à la lumière qui est à considérer. A cette aune, on se propose de retracer le déroulement des primaires de 1964 du point de vue des républicains.

Les sources journalistiques sont à considérer avec précaution : leur nature et leur utilisation sont complexes. L’historien peut s’en enrichir, mais il n’oubliera pas que le travail du journaliste ne recoupe que partiellement le sien. La couverture de la campagne de 1964 n’est pas exempte de reproches : parfois, le correspondant du Times à Washington a entretenu des images toutes construites qui expliqueraient assez largement la montée en puissance de Barry Goldwater. Des analyses judicieuses ont cependant été développées. Le phénomène conservateur incarné par le sénateur de l’Arizona a retenu l’attention du journaliste. Il a livré les raisons de sa désignation. D’autres sont à envisager également.

 

 

L’historien qui s’intéresse à des écrits journalistiques doit scrupuleusement faire la part entre deux logiques : celle qui est propre au journaliste et celle qui relève du travail historique. C’est à cette condition qu’il pourra pleinement utiliser ce type de source.

 

Notre corpus de recherche est constitué d’une trentaine d’articles du Times, parus entre juillet 1963 et août 1964. Ils sont disponibles en accès payant sur le site du quotidien londonien 10. Le Times a été fondé en 1785. Dès le début du XIXe siècle, il acquiert la première place dans la presse écrite britannique 11. Refusant, par souci d’indépendance et d’objectivité, d’utiliser les nouvelles de politique étrangère fournies par le gouvernement, le Times organise très tôt son propre système d’information 12. Il jouit ainsi d’une autorité internationale. Pendant longtemps, il est resté fidèle à sa présentation traditionnelle, consacrant sa première page uniquement à des annonces classées 13. Ce n’est qu’en 1965 que le Times a adopté la même disposition que les autres journaux, mais avec très peu de photographies. Un supplément hebdomadaire, le Sunday Times, auxquels s’ajoutent d’autres feuillets, est distribué depuis 1877. De tendance conservatrice, il est un quotidien qui a su rester critique à l’égard du pouvoir 14.

Les journalistes n’ont pas bonne presse en histoire politique. Histoire et journalisme ont deux optiques différentes. La logique de restitution des faits diffère grandement selon que l’on est chercheur ou publiciste. Celui-ci portera son attention sur l’exclusivité, le « scoop ». Celui-là, parce qu’il ne part de la même base, ne cherchera pas l’unique, mais se consacrera à la collecte de faits avérés par plusieurs documents. Les sources journalistiques et les sources historiques ne sont pas les mêmes, leur traitement non plus. Théodore White, une plume de renom aux Etats-Unis, le résume bien :

I had reported (…) campaigns for a quarter of a century and had seen what was, in restrospect, one of the great periods of change in American history. Historians are scholars who tell us later what it all means, after time has burned off passing detail, and left the ridges of change bare; their job is to make us aware of man in his time and place, by dividing the past into periods, or epochs, or eras. We reporters are the servants of history, offering up our daily or passing tales for them to sort out. I could not present myself as a historian 15.”

 

Depuis de longues années, on accuse le « quatrième pouvoir » de ne pas informer convenablement et de jouer un rôle pernicieux dans la vie politique. Il y a souvent distorsion plus ou moins intentionnelle de l’actualité par compte-rendu incomplet, choix de vocabulaire, mise en page ou commentaires partiaux 16. Les explications sont structurelles. Le journaliste se concentre sur le factuel et la citation directe. Les faits sont presque toujours séparés des commentaires. Le style parfois aride n’aide pas. Néanmoins, chaque journaliste occupe une position privilégiée de témoin. Son réseau, ses relations, les informations auxquelles il a accès sont autant d’éléments qui serviront à l’analyse historique. Comme l’historien, le journaliste est un enquêteur qui produit des récits, des reconstitutions basés sur des événements. « Les enquêtes doivent pouvoir éclairer (…) les courbes temporelles de l’influence », rappelait il y a peu Jean-Noël Jeanneney 17, nous invitant ainsi à aller au-delà des préjugés concernant la presse et à prendre en considération, par une critique serrée, le statut du journaliste. Il convient d’établir un classement des niveaux d’information : traiter de l’anecdote, certes, mais dans un cycle moyen ou long, rassembler les événements complexes en une explication, un modèle, peut-être. Il faut surtout dérouler toutes les conséquences de la position du journaliste. En effet, les détournements des messages, les erreurs dans leur interprétation sont possibles. L’historien dont les sources sont journalistiques devra donc faire preuve d’un grand discernement en utilisant les données qu’il trouve dans la presse.

 

La personnalité du correspondant d’un quotidien à l’étranger compte dans sa couverture de l’actualité. Son nom n’apparaît pourtant pas dans les colonnes du Times. Le parti pris est celui de la discrétion. Les trentes articles du corpus ne mentionne pas l’identité du journaliste. La formule « From Our Own Correspondent » suivie de la ville qui lui sert de base (Washington) est préférée à la signature courante : le nom et le prénom du publiciste. Cet usage renforce l’indépendance du journal. C’est l’ensemble de la rédaction qui est responsable de la publication. L’individualisation de la signature est un signe de personnalisation. Est-ce à dire que les grands journalistes ne sont pas mis en avant au Times ? On ne peut le penser car la partie « Opinion » est assez développée dans le quotidien. La séparation de l’information et de l’éditorial est révélatrice de la manière dont on parle de ses journalistes au Times. Ils ont, jusqu’aux années 70, gardé l’anonymat pour rester politiquement objectif 18.

L’auteur des articles sur la campagne des primaires républicaines de 1964 est Louis (Philip) Heren. Au moment où il rédige les articles sur Barry Goldwater, il a une cinquantaine d’années et jouit d’une expérience dans le monde du journalisme. Il est le fils d’un imprimeur du Times. Louis Heren a gravi tous les échelons du quotidien, de vendeur à la criée au poste d’éditeur. Avant de prendre la direction du bureau de Washington, il a, pendant vingt ans, été correspondant à Singapour, en Inde, puis en Allemagne de l’Est. Il couvre l’actualité américaine depuis l’entrée en fonction du président Kennedy, en janvier 1961 19. Louis Heren a reçu des récompenses pour son travail : en 1967, il se voit décerner le Hannen Swaffer Award for International Reporting ; en 1968, il obtient le premier des John F. Kennedy Memorial Awards. Ses analyses sur le métier de journaliste sont remarquées. En 1992, dans The Encyclopedia of the British Press, il écrivait :

The newspaper industry is like no other. Automobile companies are larger and more complex organisations, but their only function is to stamp out identical cars month after month until a new model is designed and introduced. Newspaper companies produce a new model every night, and make frequent changes on the run. Decisions are made at speeds which would horrify makers of other products. This is common in most parts of the world, but the pace is more intense in Britain because of the competition between the many titles 20.”

 

Le correspondant du Times à Washington porte une réflexion sans complaisance sur le monde du journalisme. La difficulté de donner la vision la plus juste et la plus claire est mise en lumière. Cela passe par une hiérarchisation de l’information. Le journaliste se doit de donner les clés nécessaires à une meilleure compréhension des temps présents. Pour Louis Heren, l’instauration d’un lien de proximité entre les lectrices et les lecteurs d’un journal est une tâche capitale.

 

 

La couverture du correspondant oscille entre stéréotype et analyse sérieuse du contexte politique des années 1963-1964. Elle permet néanmoins de comprendre mieux l’émergence d’une personnalité : Barry Goldwater.

 

Une primaire aux Etats-Unis n'est pas un simple « premier tour » à la française. Il s'agit avant tout d'une procédure interne, assez complexe, destinée à sélectionner les candidats des partis, au moyen de la désignation de délégués. Pour les primaires proprement dites, on fait appel aux électeurs du parti ; mais lors des « caucus », petites assemblées à huis clos, ce sont les militants qui se rassemblent pour choisir eux-mêmes les délégués qui représenteront leur Etat à la convention nationale du parti concerné. Au fil des élections, les primaires sont devenues plus nombreuses que les « caucus ». Leur nombre n'est pas fixé, ce qui a permis notamment au parti démocrate de les multiplier pour démocratiser le processus 21. Les règles qui les régissent varient pour ainsi dire d'Etat à Etat : en général les primaires sont « fermées » et réservées à ceux qui se sont inscrits sur les listes en se réclamant du parti concerné. On trouve aussi des primaires « ouvertes » où tous les électeurs sans distinction d'étiquette peuvent participer, brouillant d'autant le jeu politique. Enfin, certaines primaires n'ont qu'une valeur symbolique de sondage et ne donnent lieu à aucune attribution de délégués 22. Le principe en tout cas reste le même : les candidats se voient attribuer, proportionnellement à leurs résultats, un certain nombre de délégués. Ce sont ces délégués qui se réunissent ensuite lors des conventions nationales, où sont également élaborées les plates-formes des partis. Normalement, le candidat qui a recueilli le plus grand nombre de mandats de délégués décroche l'investiture et présente un colistier, pour former le ticket qui portera les couleurs du parti lors de la phase finale de l'élection, de septembre à novembre. Cette fastidieuse course d'obstacles, influencée, bien souvent, par la couverture omniprésente des médias, favorise trop souvent les candidats les plus connus et surtout les plus aisés 23.

La chronologie retenue par Louis Heren est pleine de sens. Le premier article qu’il consacre à Barry Goldwater traite du « National Draft Goldwater Rally » qui s’est tenu à Washington, au début du mois de juillet 1963 24. Il revient largement sur la campagne de prospection lancée par les républicains conservateurs pour influer sur les électeurs de leur parti. On attendra le 10 janvier 1964 pour trouver un autre article sur le sénateur de l’Arizona : à cette date, Barry Goldwater est candidat à la candidature présidentielle lors de la primaire du New Hampshire, l’élection qui ouvre la série 25. Lors des grands rendez-vous, la primaire de l’Illinois 26, celle du Texas 27, et, enfin, celle de Californie 28, des reportages sont publiés dans le Times. Après cette dernière étape, on sait que le parlementaire à un nombre de délégués suffisants pour la désignation. Pourtant, Louis Heren préfère se concentrer sur les tentatives de déstabilisation du candidat conservateur. Cinq articles sont publiés à ce sujet 29. Le parti pris est manifeste. Les sous-titres des articles ne sont pas équivoques : « Lack of Lead From Gen. Eisenhower Delays Republican Revival 30», « Mr. Scranton’s Only Chance Against Goldwater Forces 31». Le journaliste se focalise en effet sur une solution qui n’est pas viable. Quelques gouverneurs et membres éminents de la direction du Parti républicain ne pourront pas arrêter le processus démocratique des primaires et tenter ainsi de conserver, en bafouant le vote de leurs militants, le contrôle de l’organisation. Louis Heren est, comme la plupart des journalistes de la côte Est 32, désemparé devant l’émergence de Barry Goldwater. Il n’a pas le recul nécessaire pour appréhender l’arrivée tonitruante du sénateur sur la scène politique nationale.

 

Devant un phénomène nouveau, une personnalité particulière, le journaliste s’en tient à ce qu’il connaît, aux schémas dominants, aux stéréotypes. Les images que la campagne renvoie ne sont pas neutres. Les premiers articles révèlent un enchevêtrement de références. Le président Kennedy est une ombre portée sur l’activité politique de Barry Goldwater. Décrivant l’atmosphère qui règne lors des rassemblements des conservateurs, Louis Heren note :

The Independence Day holiday has been a good one for Senator Barry Goldwater, whose right-wing Republican supporters are making great efforts to drum up on his behalf the sort of youthful enthusiasm which carried Mr. Kennedy into the White House three years ago 33.”

 

L’allusion est claire, mais le journaliste va plus loin encore par la suite :

Mr. Kennedy’s popularity has evidently been damaged by the racial issue. Liberals felt that he acted too slowly, conservatives were appalled by the sweeping nature of the legislation he offered. Nevertheless, scarcely even the most enthusiastic Republican would deny now that Mr. Kennedy will be the favourite in next year’s election, but it may turn out to be a much more interesting event than seemed likely after the Cuban crisis last autum 34.”

 

L’émergence d’un candidat républicain qui n’est pas du sérail ne laisse pas de surprendre le monde de la presse. Sa personnalité exceptionnelle est attachante. Faire le lien avec l’hôte de la Maison Blanche renforce son caractère déterminé. Une conception volontariste de l’action publique rassemble John F. Kennedy et Barry Goldwater. C’est le détenteur de la charge qui est le maître d’œuvre de la politique de la nation. La présidence ne fait pas l’homme ; c’est l’homme, au contraire, qui fait la présidence 35. La stratégie du sénateur de l’Arizona rentre elle aussi dans la comparaison filée avec le démocrate. La grande question est alors de savoir s’il n’est pas parti trop tôt en campagne. Là encore, la précocité n’est pas un désavantage :

[Some observers] remember that the Kennedy family were hard at work before 1960 and point to evidence that the eastern wing of Senator Goldwater’s own party appears to be seriously worried by his success 36.”

 

Toutefois, les réseaux de Barry Goldwater ne sont pas ceux du président Kennedy. Après l’assassinat de ce dernier, la stature du candidat républicain est sérieusement remise en cause 37. Le correspondant du Times dresse un portrait sans complaisance des partisans de Barry Goldwater. La primaire du Texas, là même où le président Kennedy a tragiquement péri, est l’occasion de s’intéresser particulièrement à ses soutiens. Si le sénateur de l’Arizona est prudent et ne reconnaît pas sa nomination comme inéluctable, il n’en est pas ainsi pour les militants qui croient en lui. Le sous-titre de l’article, « Boisterous Welcome in Extremist Dallas », est significatif. Le compte-rendu de Louis Heren trahit ses craintes au sujet des républicains les plus radicaux :

According to one account 2,300 boisterous participants turned the state convention into a Goldwater rodeo. The outlook for his opponent, Mr. Scranton, was so black that not even the prettiest of girls give away his campaign pamphlets 38.”

 

La fabrique de l’information met en évidence le biais (bias), i.e. le parti pris du journaliste. Il ne s’est pas déplacé à Dallas. Resté dans la capitale fédérale, sa source est le Washington Post. Le quotidien a, en effet, fourni le premier cette information. Louis Heren a donc choisi de reprendre les éléments d’un article écrit par Laurence Stern 39. L’envoyé spécial du Post met d’ailleurs en exergue une déclaration de Barry Goldwater : “They are afraid they’re going to have a candidate they cannot control”. La couverture partisane de la campagne est une illustration de ce que nombre d’observateurs de la vie politique américaine s’accordent à dénoncer : l’ « axe New York-Washington 40». Les journalistes des principales publications sont une minorité intellectuelle qui exerce un contrôle et sélectionne les informations de manière partiale. La mise en abîme de l’actualité et sa distorsion causée par des préjugés progressistes 41 constituent le cœur des critiques formulées contre la presse écrite américaine. Dans ce cas, traiter la campagne comme un spectacle dessert le débat démocratique. Les thèmes politiques centraux ne seront évoqués que sous l’angle d’images déformées, de clichés, de stéréotypes 42. L’attention du citoyen risque d’être captée sur des objectifs périphériques qui l’éloignent des enjeux majeurs.

 

 

Le phénomène Goldwater est digne d’attention. Le correspondant du Times livre une analyse qui lui est personnelle. Il privilégie des pistes d’explication qu’il convient à présent d’étudier. Les propositions de politique étrangère du sénateur Goldwater rompent avec les habitudes américaines depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 50 et 60, les conservateurs qui se sont déclarés, grâce à l’œuvre de R. Kirk, aux travaux et aux cercles à sa suite, se démarquent du consensus national. A l’époque, les deux partis au pouvoir ont les mêmes buts politiques (démocratie pour tous, économie libérale, présence militaire à l’étranger) 43. Pour rejeter l’accord national, les conservateurs emploient une rhétorique vigoureuse. C’est là une des caractéristiques du mouvement : les mots sont des armes et les idées passent par un vocabulaire et une littérature de combat. Avant qu’ils ne deviennent majoritaires sur l’échiquier politique, les conservateurs ont dû se battre et trouver des moyens pour véhiculer leur message. Les premiers conservateurs sont ceux que l’on appellera plus tard les « paléoconservateurs ». Il s’agit de lettrés qui ont assez souvent suivi des études humanistes. Ils créent des revues et participent à des débats avec des élus. L’américain moyen, quant à lui, ne s’embarrasse pas d’idéologie. « Citizens had inconsistent views when one looked across a range of issues 44», relèvent les auteurs d’une étude sur l’évolution des comportements électoraux. Nul doute que celui qui ose briser le consensus aura une image dépréciée et rencontrera des résistances diverses et variées.

Dès la primaire du New Hampshire, les propositions de Barry Goldwater en politique étrangère détonnent. « I wish the Defence [sic] Department would tell the people how undependable the long-range missiles are. They are not dependable – the I.C.B.M.’s – and I’ll probably catch hell for saying this 45», déclare-t-il. La sécurité du pays est un enjeu. Ses remarques sont réitérées au cours des jours qui suivent 46. Un autre commentaire du sénateur retient l’attention : il souhaite utiliser la bombe atomique pour détruire des cibles communistes au sud-Vietnam 47. La réponse de l’ancien président Einsenhower ne se fait pas attendre : « In today’s nuclear diplomacy there is no time for indecision; neither is there room for impulsiveness 48». Elle sonne comme une réprobation, une condamnation morale et discrédite durablement le candidat conservateur. Peu à peu, tous les éléments sont en place pour que la légende noire du « Général Boum Boum » vienne à maturation. Barry Goldwater apparaît bien alors comme un va-t-en-guerre dangereusement irresponsable. Ses intentions ne rencontrent pas d’écho favorable auprès du correspondant du Times. Elles rappellent par trop d’aspects les derniers moments, douloureux, de la politique anglo-américaine de securité. Les accords de Nassau font dépendre la force de frappe anglaise de l’assistance technique américaine 49. Le 21 décembre 1962, en effet, les Etats-Unis s’engagent à fournir des fusées Polaris au Royaume-Uni. La production de missiles Skybolt, d’invention britannique, est annulée par les Américains. Le discours du secrétaire d’Etat, Dean Acheson, signe la perte d’influence du Royaume-Uni : « Britain has lost an Empire but not yet found a role ». L’éditorial du Times dont l’auteur est Louis Heren traduit cet état d’esprit :

The difficulty at Nassau has been to separate essentials from inessentials. If the Conservative party had not been in such a deep water at home, if an isolated extract from a speech by Mr. Dean Acheson has not raised so many hackles, if the Skybolt decision has been delayed – then it might have been possible to present the meeting as just another of a routine series in which the two men get together to find out what is in each other’s mind and to plan the next stage ahead 50.”

 

Il en va ici de la relation spéciale entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Pierre angulaire de la vision stratégique des gouvernements britanniques après la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle n’a cessé de faire débat. La crise de décembre 1962 est ressentie comme une manifestation de l’unilatéralisme américain par la presse outre-atlantique 51. Même si le Premier ministre Macmillan estime avoir sauvé l’indépendance de son pays, le sentiment qui prévaut n’est pas celui-là. Le journaliste en a encore un souvenir très vif.

 

La réflexion politique du journaliste est tardive. Au moment où la désignation de Barry Goldwater est assurée, Louis Heren se décide à chercher les raisons du succès du candidat conservateur. Pendant toute la campagne, il a laissé une large place aux opposants du sénateur de l’Arizona. D’abord, il a minoré sa victoire dans la primaire de l’Illinois 52. Le correspondant préfère se concentrer sur le score de Margaret Chase Smith, première femme à concourir dans l’histoire des partis américains. Si ses 25 % sont remarquables, ils s’expliquent en grande partie par les liens très forts de la sénatrice du Maine dans l’Etat des Grands Lacs. Le score de 65 % des suffrages de Barry Goldwater est cependant sans appel. Une place importante est également consacrée à Henry Cabot Lodge Jr. Descendant d’une grande famille politique 53, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de la République du Vietnam est un rival prestigieux, mais peu talentueux. Dans toutes les primaires où il est en lice, il ne reçoit jamais au-dessus de 10 % des votes. De plus, il ne se présente jamais directement devant les électeurs : il profite des primaires ouvertes où l’on peut rajouter des noms sur les bulletins (write-ins) 54. Le troisième candidat qui retient l’attention de Louis Heren est le gouverneur du New York, Nelson Rockefeller Jr. Arrière petit-fils du self made man et magnat du pétrole, il a une réputation de républicain modéré. L’establishment médiatique lui est favorable parce qu’il présente un programme qui rassure, dans le prolongement de l’action de Dwight D. Eisenhower. A mots à peines couverts, l’ancien président lui vient en aide 55. La défaite du gouverneur lors de la primaire de Californie, contre toute attente, l’oblige à se retirer de la course à la désignation : son départ est une surprise pour tous les journalistes avertis 56.

L’analyse politique du journaliste mérite que l’on s’y attarde. Dans son article du 11 juillet 1964, Louis Heren tente de montrer comment Barry Goldwater est parvenu à rassembler le plus grand nombre de délégués. Pour lui, le Parti républicain est divisé en deux ailes : « a congressional wings, concerned with congressional and states elections, run by professionals, controlled by big machines, which have much to say in the selection of the convention delegates ; and, a presidential wings, led by men concerned with national and international issues 57 ». Généralement, ce sont les hommes et les femmes de la deuxième aile qui sont promus lors des élections présidentielles. En 1964, ce n’est pas le cas : les sections régionales ont joué un rôle de premier plan dans la nomination du sénateur Goldwater. Sur le plan de l’organisation, l’analyse est probante. Concernant l’idéologie, il en va tout autrement. « Goldwater’s supporters are committing political suicide 58 », commente le correspondant. Il n’a pas compris que les militants républicains aspiraient à un conservatisme plus profond. Le vieux fond isolationniste, américaniste et puritain revient en force. S’il écrit, « it would seem that congressional Republicans are so many Bourbons, their passionnate belief in party principles has been a constant factor in American politics », la référence ne permet pas de comprendre pleinement la désignation de Barry Goldwater. L’effort de mobilisation de la base n’est pas évoqué. C’est bien la grassroot campaign et le tissage d’un réseau de militants dévoués qui a été à l’origine du changement au Parti républicain. Les raisons profondes ne sont pas abordées par le journaliste. Il ne sait pas encore si ce renversement sera durable ou pas…

 

 

En 1964, le processus électoral américain a permis l’apparition d’un candidat républicain qu’aucun des observateurs de la scène politique n’attendait. A son sujet, on ne peut pas encore aborder les rivages de ce que constituerait la pure méthode historique, avec sa nécessaire froideur anecdotique et imagière. L’historien se doit de tisser un récit intelligent et documenté, où l’antipathie générale (profonde parce qu’ancrée dans les esprits et les habitudes) ne prend jamais le pas sur l’analyse. Tous ces fils, il les tient fermement. L’émotion, on l’a confie seule aux images.

Les sources journalistiques sont difficiles à dépouiller. Pourtant, si le publiciste s’accroche aux seuls faits qui lui sont compréhensibles, répétés sans cesse, au risque de masquer la réalité, c’est parce que, fondamentalement, ils véhiculent quelque chose de vrai dans les imaginaires nationaux. Le mot de la fin reviendra à notre grand témoin, Louis Heren : « The American Presidency is a latter-day version of the British medieval monarchy. Politics in the United States is completely dominated by a King-President 59. »

1 McGeorge Bundy, The Strength of Government. Cambrigde (Massachusetts), Harvard University Press, 1998, p. 70.

2 Patrick Jarreau, « Les électeurs français et les primaires », Le Monde, 24 décembre 2005, p.2.

3 Alain Frachon, « Vers la primaire idéale », Le Monde, 14 décembre 2005, p. 2.

4 « Les primaires font toujours rêver. Quoi de plus simple et de plus démocratique que d’inviter les électeurs d’un parti à choisir le candidat que ce parti proposera à l’ensemble des citoyens lors d’une élection présidentielle ? Depuis la première tentative d’acclimatation de cette pratique politique américaine en Europe, avec la désignation de Romano Prodi comme candidat de la gauche au poste de président du Conseil pour les élections de mai 2006 en Italie, les primaires sont redevenues à la mode. Pourquoi ne pas les adopter, en France, pour choisir les candidats à la présidentielle de 2007 ? » (Patrick Jarreau, op. cit.)

5 Depuis 1948, sauf une fois (au Parti démocrate, en 1952), il n’y a jamais eu plus d’un tour de scrutin.

6 « Dès 1960, [Barry Goldwater] n’a pas craint de placer son combat sur le terrain des traditionalistes. « Les principes qui constituent le fondement du conservatisme, s’est-il exclamé dans The Conscience of a Conservative, son livre-programme (…), sont déduits de la nature humaine et de la vérité de la Révélation. Les circonstances changent ainsi que les problèmes qui leur sont liés. Mais les principes qui régissent les solutions de ces problèmes ne changent pas’’. » (Nicolas Kessler, Le conservatisme américain. Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1998, p. 52.

7 Nicolas Kessler, ibid., pp. 5-28.

8 Romain Masson, Newt Gingrich : un itinéraire politique (1943-2003). Mémoire de maîtrise, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, session de septembre 2004, pp. 30-32.

9 Théodore Lowi, « Avant le conservatisme et au-delà », Revue française de science politique, vol. 40, n°5, octobre 1990, pp. 669-697.

10 http://www.newsint-archive.co.uk/pages/main.asp.

11 Centre d’histoire des civilisations de langue anglaise (CHCLA), Université Picardie, Amiens, Le 4e pouvoir en Grande-Bretagne depuis 1855. La Garenne-Colombes, Editions Erasme, 1990, pp. 13-37.

12 Cf Henry R. F., English Newspapers : Chapters in the History of Journalism. Londres, Routledge, 1998.

13 Jean-Claude Sergeant, Visages de la presse britannique. Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1987, pp. 56-58.

14 Depuis 1981, sous la direction de Rupert Murdoch, le Times a pris une coloration plus populaire et a perdu une partie de son électorat traditionnel.

15 Theodore White, America In Search of Itself. The Making of the President. 1956-1980. New York : Harper and Row, 1982, pp. 1-2.

16 Entretien de Robert Fisk à Politis, 10 novembre 2005.

17 Jean-Noël Jeanneney, « Audiovisuel : le devoir de s’en mêler », dans Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), Pour une histoire culturelle. Paris, Le Seuil, 1997, p. 162.

18 En 1966, une nouvelle maquette est lancée, mais il faut attendre quelques années encore pour que les réformes du nouveau propriétaire du quotidien londonien, Lord Thompson, produisent leurs fruits. Le tirage est augmenté, de nouvelles rubriques permettent de féminiser le lectorat, les journalistes signent désormais leurs articles.

19 The Encyclopedia of the British Press. New York, St. Martin’s Press, 1992, pp. 307-309.

20 Ibid., pp. 58-60.

21 Souvent accusé dans le passé de décider de l'avenir des candidats entre patrons des machines politiques locales (les bosses), le Parti démocrate s’est résolu, à partir des années 50, à changer le mode de désignation des délégués.

22 Sandy L. Maisel et Charles Bassett, Political Parties and Elections in the United States. An Encyclopedia. New York, Garland Publishing, 1991, pp. 184-192.

23 Cf Nelson W. Polsby et Aaron B. Wildavsky, « Uncertainty and Decision-Making at the National Conventions”, dans Nelson W. Polsby, Robert A. Dentler et Paul A. Smith (dir.), Politics and Social Life: An Introduction to Political Behavior. Boston, Houghton Mifflin, 1968, pp. 378-389.

24 “U.S. Republican Party Faces Crisis”, The Times, 08/07/1963, p. 10.

25 “Mr. Goldwater Says Big Missiles Are Not Dependable”, The Times, 10/01/1964, p. 10.

26 “A Pyrrhic Victory for Mr. Goldwater”, The Times, 16/04/1964, p. 14.

27 “Mr. Goldwater’s Big Victory in Texas Primary”, The Times, 04/05/1964, p. 13.

28 “A Goldwater Victory in Primary”, The Times, 04/06/1964, p. 14. Une photo de Barry Goldwater illustre pour la première fois un article du correspondant.

29 “Little Hope of Keeping Out Mr. Goldwater”, The Times, 05/06/1964, p. 9 ;

“‘Stop Goldwater’ Hopes Focus on Governor Scranton’”, The Times, 06/06/1964, p. 8 ;

Sen. Goldwater Urged To Drop Extreme Views”, The Times, 09/06/1964, p. 10 ;

Republicans Tackle Problem of Party Platform”, The Times, 08/07/1964, p. 10 ;

Mr. Goldwater Rides Off To The Wars”, The Times, 10/07/1964, p. 11.

30 “Little Hope of Keeping Out Mr. Goldwater”, The Times, 05/06/1964, p. 9

31 “Republicans Tackle Problem of Party Platform”, The Times, 08/07/1964, p. 10

32 C’est ce que David S. Broder, le journaliste politique vedette du Washington Post, reconnaît dans l’un des articles qu’il a publiés à la mort de Barry Goldwater : David S. Broder, “Always Goldwater”, The Washington Post, 02/06/1998.

33 “U.S. Republican Party Faces Crisis”, The Times, 08/07/1963, p. 10.

34 Ibid.

35 Richard Hofstadter, The American Political Tradition. And the Man Who Made It. New York, Vintage Books USA, 1989, p. XXV-XXXIII. On lira à ce sujet avec attention l’introduction de l’ouvrage. Le politologue a largement influencé l’histoire contemporaine américaine.

36 “U.S. Republican Party Faces Crisis”, The Times, 08/07/1963, p. 10.

37 On a pendant longtemps accusé le camp conservateur d’avoir préparé l’assassinat de John F. Kennedy. Ses critiques, ses attaques, ses discours en général, auraient, selon les tenants de cette thèse, constitué autant d’armes pour des esprits faibles prêts à tout par idéologie. Cf Lee Edwards, “The Unforgettable Candidate’’, The National Review, 07/06/1998, pp. 26-36 ; Sam Tanenhaus, ‘‘The GOP, or Goldwater’s Old Party”, The New Republic, 06/11/2001, pp. 33-43.

38 “Texas Pledges Its Votes To Mr. Goldwater”, The Times, 17/06/1964, p. 10.

39 Laurence Stern, “Unstoppable Goldwater Lashes Critics Is Handed 56 Texas Votes”, The Washington Post, 17/06/1964, p. A1. Notre commentaire est corroboré par deux autres références qui traitent a posteriori de la question : Clayton Fritchey, “The Southern Strategy Backfires”, The Washington Post, 21/08/1976, p. A11 ; David S. Broder, “Still a Choice, Not an Echo. Make No Mistake About It: It’s Still a Choice, Not an Echo”, The Washington Post, 20/09/1978, p. A1.

40 Claude-Jean Bertrand, Les médias aux Etats-Unis. Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1997, p. 104.

41 Dans le contexte américain, on parlera plus volontiers de « préjugés libéraux ».

42 On tient le terme « stéréotype » d’un philosophe et journaliste : Walter Lippmann (1889-1974). En 1922, il invente le mot qui vient du grec stereos, solide et tupos, empreinte. L’ancien conseiller de Woodrow Wilson a observé le monde des journalistes. « Stéréotype » tire son sens des techniques de l’imprimerie dans lesquelles une plaque métallique semblable à celle du type original sert à l’impression en série. Avec cette métaphore industrielle, on comprend bien qu’il s’agit d’images préconçues et figées, sommaires et tranchées des choses et des êtres que se fait l’individu sous l’influence de son milieu social et qui déterminent à un plus ou moins grand degré ses manières de penser, de sentir et d’agir. La presse occupe une place de choix dans ce processus.

43 Norman H. Nie, Sidney Verba, John R. Petrocik, The Changing American Voter. Cambridge (Massachusets), Harvard University Press, 1979, chapitre 2, “The American Public in the 1950s”, pp. 14-42.

44 Norman H. Nie, Sidney Verba, John R. Pretocik, op. cit., p. 23.

45 “Mr. Goldwater Says Big Missiles Are Not Dependable”, The Times, 10/01/1964, p. 10.

46 “Mr. Goldwater Calls For Missile Inquiry”, The Times, 11/01/1964, p. 8.

47 “Atom Bomb Suggestion By Mr. Goldwater”, The Times, 25/05/1964, p. 10.

48 “Gen. Eisenhower Reminds Party Of Duty”, The Times, 26/05/1964, p. 8.

49 Michael Middeke, “Anglo-American Nuclear Weapons Cooperation After the Nassau Conference : The British Policy of Interdependence”, Journal of Cold War Studies, vol. 2, n° 2, printemps 2000, pp. 69-97.

50 “After Nassau”, The Times, 22/12/1962, p. 7.

51 Richard Davis, “The ‘Special Relationship’ and British Defence Policy: Independence, Interdependence, Dependence”, dans Agnès Alexandre-Collier (dir.), La “Relation spéciale” Royaume-Uni / Etats-Unis. Entre mythe et réalité (1945-1990). Nantes, Editions du temps, 2002, pp. 45-66.

52 “A Pyrrhic Victory For Mr. Goldwater”, The Times, 16/04/1964, p. 14.

53 C’est son père, Henry Cabot Lodge, qui a mené la fronde sénatoriale contre l’adoption du traité de Versailles en 1919.

54 “A Pyrrhic Victory For Mr. Goldwater”, The Times, 16/04/1964, p. 14 ; “Mr. Goldwater Gains Support While Losing Primaries”, The Times, 22/05/1964, p. 11.

55 “Gen. Eisenhower Reminds Party Of Duty”, The Times, 26/05/1964, p. 8.

56 “A Goldwater Victory In Primary”, The Times, 04/06/1964, p. 14.

57 “Republicans Facing Goldwater Test”, The Times, 11/07/1964, p. 9.

58 Ibid.

59 Louis (Philip) Heren, The New American Commonwealth. New York, Harper & Row, 1968, p. 26-27

 

(c) Romain Masson-Mureau, I-2006

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