vendredi, 01 août 2008

Selon l'OMS, un tiers des décès par cancer pourraient être évités

<< Le cancer est une cause majeure de décès dans le monde à l'origine de 7,9 millions de décès en 2007, soit 13% de la mortalité mondiale. Les cancers du poumon, de l'estomac, du foie, du colon et du sein sont, chaque année, les plus meurtriers.

Principaux points
- Le cancer est une cause majeure de décès dans le monde à l'origine de 7,9 millions de décès en 2007, soit 13% de la mortalité mondiale.
- Les cancers du poumon, de l'estomac, du foie, du colon et du sein sont chaque année les plus meurtriers.
- Les cancers les plus fréquents ne sont pas les mêmes chez l'homme et chez la femme.
- Environ 30% des décès par cancer pourraient être évités.
- Le tabagisme est le facteur de risque cancéreux le plus important.
- Le cancer survient à la suite de la modification d'une seule cellule. Cette modification peut être provoquée par des agents extérieurs ou des facteurs génétiques héréditaires.

"Cancer" est un terme général appliqué à un grand groupe de maladies qui peuvent toucher n'importe quelle partie de l'organisme. On parle aussi de tumeurs malignes ou de néoplasmes malins. L'un des traits caractéristiques du cancer est la prolifération rapide de cellules anormales qui, au-delà de leur délimitation normale, peuvent envahir des parties du corps adjacentes et essaimer dans d'autres organes - formant ce qu'on appelle des métastases. Elles sont la principale cause de décès par cancer.

CHARGE MONDIALE DU CANCER
Le cancer est une cause majeure de décès dans le monde à l'origine de 7,9 millions de décès en 2007, soit 13% de la mortalité mondiale. Les principaux types de cancer responsables de la mortalité cancéreuse sont les suivants:

- cancer du poumon (1,4 million de décès);
- cancer de l'estomac (866 000 décès);
- cancer du foie (653 000 décès);
- cancer du colon (677 000 décès);
- cancer du sein (548 000 décès),

Environ 80% des décès par cancer enregistrés en 2007 se sont produits dans les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire. D'après les projections, leur nombre devrait augmenter pour atteindre, selon les estimations, 12 millions en 2030 à l'échelle mondiale.

Dans le monde, les types de cancer les plus fréquents, en fonction du nombre de décès au niveau mondial, sont:

- chez l'homme: les cancers du poumon, de l'estomac, du foie, du colon et rectum, de l'oesophage et de la prostate;
- chez la femme: les cancers du sein, du poumon, de l'estomac, du colon et rectum et du col de l'utérus.

QUELLE EST LA CAUSE DU CANCER?
Le cancer survient à partir d'une seule cellule. La transformation d'une cellule normale en une cellule cancéreuse est un processus qui se déroule en plusieurs étapes, progressant le plus souvent d'une lésion précancéreuse à une tumeur maligne. Ces changements résultent de l'interaction entre des facteurs génétiques du sujet et des agents extérieurs pouvant être classés en trois catégories:

- les cancérogènes physiques, comme le rayonnement ultraviolet et les rayonnements ionisants;
- les cancérogènes chimiques, comme l'amiante, les composants de la fumée du tabac, l'aflatoxine (contaminant des denrées alimentaires) ou l'arsenic (polluant de l'eau de boisson);
- les cancérogènes biologiques, comme des infections dues à certains virus, bactéries ou parasites.

Voici quelques exemples d'infections associées à certains cancers:

- Virus: hépatite B et cancer du foie, virus du papillome humain (HPV) et cancer du col, virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et sarcome de Kaposi;
- Bactéries: Helicobacter pylori et cancer de l'estomac;
- Parasites: schistosomiase et cancer de la vessie.

Le vieillissement est un autre facteur fondamental dans l'apparition du cancer. En effet, l'incidence du cancer augmente de façon spectaculaire avec l'âge, très vraisemblablement à cause de l'accumulation des risques tout au long de la vie, conjuguée au fait que les mécanismes de réparation cellulaire perdent généralement de leur efficacité avec l'âge.

Le tabagisme, la consommation d'alcool, la consommation insuffisante de fruits et de légumes et les infections par les virus de l'hépatite B, de l'hépatite C et du papillome humain sont les principaux facteurs de risque cancéreux dans les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire. Le cancer du col, provoqué par le HPV, est une cause majeure de mortalité cancéreuse chez les femmes des pays à faible revenu.

Dans les pays à revenu élevé, le tabagisme, la consommation d'alcool et la surcharge pondérale ou l'obésité sont les principales causes de cancer.

COMMENT RÉDUIRE LA CHARGE DU CANCER?
On sait aujourd'hui énormément de choses sur les causes du cancer et sur sa prévention ou la prise en charge des malades. On pourrait réduire et endiguer cette maladie en appliquant des stratégies fondées sur des bases factuelles pour la prévention, le dépistage précoce et la prise en charge des malades.

On pourrait éviter environ 30% des cas de cancer en modifiant ou en évitant les principaux facteurs de risque, selon une étude réalisée en 2005 à l'échelon international.

Facteurs de risque du cancer:

- Surcharge pondérale ou obésité;
- Consommation insuffisante de fruits et légumes;
- Sédentarité (manque d'exercice physique);
- Tabagisme;
- Consommation d'alcool;
- Pratiques sexuelles à risque;
- Pollution urbaine de l'air;
- Fumées à l'intérieur des habitations dues à l'utilisation de combustibles solides par les ménages;
- Injections avec du matériel contaminé par les virus de l'hépatite B ou de l'hépatite C dans les services de soins.

Stratégies de prévention:

- Éviter davantage les facteurs de risque énumérés ci-dessus;
- Vacciner contre le virus du papillome humain (HPV) et contre l'hépatite B;
- Lutter contre les risques professionnels;
- Réduire l'exposition à la lumière solaire.
- Dépistage précoce:

On pourrait réduire d'environ un tiers la charge du cancer par le dépistage et le traitement précoces des cas. Cette affirmation repose sur le constat que le traitement est plus efficace lorsque la maladie est décelée tôt. Le but est de repérer le cancer lorsqu'il est encore localisé, avant qu'il n'y ait des métastases. Un dépistage précoce nécessite comporte deux volets:

Une action d'information pour aider tout un chacun à repérer les signes précoces de cancer tels que grosseurs, lésions, indigestion persistante, toux prolongée ou saignement par un orifice corporel et faire comprendre qu'en présence de ces symptômes, il faut consulter rapidement un médecin.

Des programmes de dépistage pour repérer les stades précoces du cancer ou les stades précancéreux avant même l'apparition de signes reconnaissables: mammographie pour le cancer du sein, cytologie pour le cancer du col (frottis ).

Traitement et soins:

- Le traitement du cancer a pour but de guérir, de prolonger la vie et d'améliorer la qualité de vie des patients. Pour certains types de cancer parmi les plus fréquents comme le cancer du sein, du col de l'utérus et du colon et du rectum, le taux de guérison est élevé quand la maladie est décelée suffisamment tôt et soignée selon les meilleurs moyens disponibles.
- Les principales méthodes de traitement sont la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie. Il est capital pour l'issue du traitement de poser un diagnostic exact moyennant des examens faisant appel à des techniques d'imagerie (échographie, endoscopie, radiographie) et de laboratoire (anatomopathologie).

Les soins palliatifs permettent de soulager la douleur et d'autres problèmes pour plus de 90% des malades du cancer. Il existe des moyens efficaces pour assurer des soins palliatifs à ces malades et à leur famille, même là où les ressources sont insuffisantes.

L'action de l'OMS
En 2007, l'OMS a lancé dans toute l'organisation son Plan d'action contre le cancer qui a pour but:

- d'éviter ce qui peut l'être;
- de traiter ce qui peut l'être;
- d'assurer les soins palliatifs pour tous les patients cancéreux;
- de gérer et de surveiller les résultats.

Un des principaux objectifs du plan est d'aider les États Membres à mettre sur pied des programmes nationaux de lutte contre le cancer qui:

- privilégient l'humain;
- favorisent l'équité (accent sur les populations marginalisées);
- assurent l'appropriation par les parties prenantes;
- comportent des partenariats et des approches multisectorielles impliquant les secteurs public et privé;
- sont durables, deviennent autonomes sur le long terme;
- s'intègrent dans les efforts connexes de la santé publique;
- adoptent une démarche par étapes, fondée sur des priorités établies;
- suivent les meilleures pratiques en se fondant sur des bases factuelles.

L'OMS, d'autres institutions des Nations Unies et leurs partenaires collaborent à la prévention et à la lutte au niveau international contre le cancer pour:

- Renforcer l'engagement politique en faveur de la prévention et de la lutte anticancéreuse;

- Favoriser la découverte de nouvelles connaissances et diffuser celles qui existent déjà pour faciliter l'application de méthodes de lutte anticancéreuse fondées sur des bases factuelles;

- Élaborer des normes et des outils pour guider la planification et la mise en oeuvre d'interventions pour la prévention, le dépistage précoce, le traitement et les soins palliatifs;

- Faciliter la création de vastes réseaux de partenaires de la lutte anticancéreuse aux niveaux mondial, régional et national;

- Renforcer les systèmes de santé aux niveaux national et local;

- Fournir une assistance technique pour le transfert rapide et efficace des interventions fondées sur les meilleures pratiques dans les pays en développement. >>

OMS, 30-VII-2008 

mardi, 22 juillet 2008

Réduction des émissions de gaz à effet de serre : comment partager les efforts ?

<< Les Etats européens se sont engagés à réduire leurs émissions de CO2 de 20% d'ici 2020 -et ce, afin de mieux lutter contre le réchauffement climatique. Les émissions de plusieurs secteurs, comme la métallurgie ou l'industrie du papier, sont couvertes par un système d'échange de droits d'émissions. Dans quelle mesure les autres secteurs, qui contribuent pour moitié aux émissions européennes, doivent-ils aussi contribuer aux efforts ? Le rapport de Satu Hassi appelle à la solidarité.

Mis à part les Etats-Unis, la plupart des pays industrialisés reconnaissent que pour avoir une chance de limiter le réchauffement du climat à 2 degrés -comparés aux niveaux préindustriels, il leur faut réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40% d'ici 2020. Est-ce possible ? Oui, à condition de fixer des objectifs contraignants et ambitieux.

Un objectif plus ambitieux encore

En janvier dernier, la Commission européenne a proposé de fixer un objectif global de réduction des émissions européennes de 20% d'ici 2020 ; un chiffre qui pourrait être porté à 30%, si un accord international sur l'après-Kyoto est trouvé l'année prochaine.

« C'est en-deçà de ce qui est nécessaire pour maintenir le réchauffement dans la limite des 2 degrés », juge la députée finlandaise Satu Hassi (Verts/ALE), auteur d'un rapport sur l'effort à fournir par les États membres pour réduire les émissions. Selon elle, l'UE doit aussi se fixer un objectif de long terme de réduction de 80% de ses émissions d'ici 2050. Cela permettrait d'éviter les investissements incompatibles avec ces objectifs climatiques.

Surtout, l'ambition des 30% de réduction des émissions ne doit pas être revue à la baisse par la méthode proposée par la Commission. Outre le fait que la Commission conditionne cet objectif à la signature d'un accord international, elle autoriserait les Etats-membres à comptabiliser des réductions d'émissions enregistrées en dehors de l'UE. Satu Hassi, elle, refuse cette option et défend une stratégie plus ambitieuse.

L'UE et le reste du monde

« Il est faux de croire que nous pouvons continuer à augmenter nos émissions chez nous, en compensant par une réduction ailleurs », explique Satu Hassi, car « les émissions doivent être réduites et limitées partout ! ». Des objectifs ambitieux permettraient de développer des technologies plus respectueuses de l'environnement, ajoute-t-elle.

Mais les pays industrialisés n'en ont pas moins une responsabilité vis-à-vis du reste du monde : les pays en développement ne pourront réduire leurs émissions de 15 à 30%, comme les experts le recommandent, que « s'ils reçoivent une aide de notre part ». Elle proposera donc, dans son rapport, un « engagement extérieur supplémentaire » en matière de réduction des émissions, pour encourager les efforts fournis par les pays en développement en faveur de l'atténuation du changement climatique.

Efforts européens : le principe de solidarité d'abord

L'aviation vient de rejoindre d'autres industries polluantes dans le Système européen d'Echange de Droits d'Emissions, qui limite et réduit les émissions de ces secteurs. Mais quid des secteurs qui ne sont pas inclus dans ce système ? Pour Satu Hassi, leurs émissions doivent elles aussi être limitées-y compris celles du transport maritime international.

Les efforts de réduction entrepris pour ces secteurs doivent être fixés en fonction du PIB par habitant des Etats-membres. Le principe de solidarité s'appliquera, c'est-à-dire que les pays les plus riches devront réduire leurs émissions, tandis que les pays les plus pauvres pourront les augmenter -pour ne pas freiner leur croissance. Et ce, en prenant l'année 2005 comme référence.

Cette date-référence fait pourtant des mécontents : un groupe de nouveaux pays, menés par la Hongrie, a critiqué cette référence comme donnant un avantage aux vieux pays riches de l'UE et ne prenant pas en compte leurs efforts réalisés depuis 1990 -liés à la restructuration des vieilles industries communistes, très polluantes. Ils proposent donc un objectif uniforme de réduction de 18% des émissions au plan européen par rapport à 1990.

« Cette proposition hongroise autoriserait la plupart des nouveaux pays-membres de l'UE à augmenter significativement leurs émissions comparées aux niveaux de 2005 », juge Satu Hassi, « ce qui, selon moi, n'a pas de sens ».

Et maintenant ?

Le rapport de Satu Hassi devrait être voté en octobre en Commission Environnement et en décembre en plénière. Il fait partie du « paquet climat » que la Présidence française espère conclure avant la fin de l'année.

Satu Hassi par Satu Hassi

Elue au Parlement européen en 2004, la vice-présidente de la Commission Environnement Satu Hassi a d'abord été députée dans son pays d'origine, la Finlande, ainsi que ministre...de l'environnement.

Son travail politique s'articule autour de deux défis majeurs, estime-t-elle : « d'abord le lobbying de l'industrie, qui tente d'empêcher, de retarder ou d'enterrer les nouvelles mesures en faveur de l'environnement. Ensuite, la difficulté pour le public -y compris le monde des affaires et les ministères des finances- de réaliser pleinement que le changement climatique est une menace majeure pour l'existence même de nos sociétés et de notre civilisation ». Car, conclut-elle, il est très difficile de comprendre une menace dont nous n'avons pas d'expérience préalable. >>
 
Parlement Européen, 21-VII-2008