mardi, 22 juillet 2008
L'Allemagne, 1945-1955: de la capitulation à la division (2)

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lundi, 21 juillet 2008
L'Allemagne, 1945-1955: de la capitulation à la division (1)

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vendredi, 04 juillet 2008
Un laser pour "photographier" les électrons des atomes
<< Une expérience menée au CEA-Iramis par une équipe internationale composée notamment de chercheurs du CEA, du CNRS, de l'Université Paris 6 et de l'Imperial College de Londres, ouvre la voie pour "photographier" l'évolution des nuages électroniques, et ce, aussi bien dans un solide que lors d'une réaction chimique ou en électronique moléculaire. Ces travaux sont publiés dans le numéro de juillet 2008 de Nature Physics.
Le laser est un outil de choix pour filmer la trajectoire des électrons dans les atomes et les molécules (plus précisément les "orbitales atomiques ou moléculaires"). Il permet en effet de produire des flashs de lumière d'une extraordinaire brièveté qui, seuls, permettent de suivre le mouvement des électrons qui s'effectuent en quelques centaines d'attosecondes.
En 2003, une équipe du CEA-Iramis (Saclay) avait déjà montré la possibilité de produire des impulsions lumineuses de 130 attosecondes en faisant interagir un faisceau laser excitateur avec un jet d'atomes. Cependant, aucun mécanisme ne permettait de contrôler précisément le déclenchement, la durée et l'intensité des impulsions produites.
Dans le cadre d'une collaboration européenne impliquant notamment le CEA, le CNRS, l'Université Paris 6 et l'Imperial College de Londres, des chercheurs viennent de montrer que l'on peut façonner et contrôler ces impulsions ultra-courtes en remplaçant le jet d'atomes par un jet de molécules linéaires, comme par exemple le gaz carbonique. L'idée a été d'utiliser un premier faisceau laser pour aligner les molécules de gaz, de façon à contrôler leur orientation par rapport au champ électrique d'un second faisceau excitateur. Ce dispositif permet de produire des impulsions lasers façonnables à volonté et positionnées dans le temps avec une précision extrême.
Ce "flash ajustable" à l'échelle de l'attoseconde, instrument indispensable à la réalisation de "photographies" d'orbitales électroniques et de leurs réarrangements, devrait constituer un outil supplémentaire pour de nombreux laboratoires à travers le monde dans les domaines de la chimie, des nanosciences et de la nanoélectronique. >>
CEA, 04-VII-2008
Références : Coherent control of attosecond emission from aligned molecules par W. Boutu, S. Haessler, H. Merdji, P. Breger, G. Waters, M. Stankiewicz, L. Frasinski, R. Taieb, J. Caillat, A. Maquet, P. Monchicourt, B. Carré and P. Salières in Nature Physics 2008 (in press).
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jeudi, 22 mai 2008
Les troubles de la mémoire des patients alcooliques sous-estimés
On considérait jusqu'à présent que l'alcoolisation chronique ne présentait d'effet toxique sur la mémoire que dans le cadre d'un syndrome amnésique sévère, dit syndrome de Korsakoff. Ce syndrome, particulièrement handicapant, ne touche heureusement qu'une faible proportion de patients alcooliques et survient principalement en cas d'association avec une importante carence en une vitamine, la thiamine.
Les travaux dirigés par Anne-Lise Pitel, psychologue et doctorante au sein de l'unité Inserm de Francis Eustache, visaient à détailler précisément les déficits de la mémoire de ces patients atteints du syndrome de Korsakoff. Divers tests ont été menés chez un groupe de patients alcooliques Korsakoff, un groupe de patients alcooliques non Korsakoff et un groupe témoin non alcoolique. Les chercheurs ont par exemple proposé à chaque sujet des 3 groupes l'apprentissage de 6 mots présentés à 6 endroits et 6 moments différents. A la fin de la journée, les sujets devaient se souvenir du maximum de mots possible ainsi que des moments et lieux où ils avaient été présentés. Ces épreuves neuropsychologiques avaient notamment pour but d'évaluer les capacités des sujets à enregistrer puis récupérer les informations et leur contexte spatial et temporel d`encodage.
Contre toute attente, les résultats ont montré que les patients alcooliques, qu'ils présentent un syndrome de Korsakoff ou non, ont des troubles similaires de la mémoire, à différents degrés. Il s'agit à la fois de perturbations de la mémoire épisodique (celle qui permet de se remémorer des événements, de se projeter dans l'avenir) et de la mémoire de travail (qui permet, par exemple, de se souvenir d'un numéro de téléphone juste après l'avoir regardé). Une première dans l'étude des troubles de la mémoire chez les patients alcooliques. La seule différence observée chez les patients Korsakoff est un déficit plus sévère de la mémoire épisodique. Toutefois, chez les patients alcooliques non-Korsakoff, les déficits les plus sévères de la mémoire épisodique correspondent à ceux des patients Korsakoff aux troubles les moins sévères. Cette étude montre donc que même les patients alcooliques non atteints par le syndrome de Korsakoff présentent des troubles plus ou moins sévères des différentes composantes de la mémoire.
"A la lumière de ces résultats, il apparaît essentiel de réexaminer la théorie de la continuité des effets de l'alcool sur la cognition, proposée au début des années 70, puis abandonnée." explique Anne-Lise Pitel. "Nos travaux suggèrent aujourd'hui qu'il existe bien une progression régulière des atteintes mnésiques des patients alcooliques, mais indépendante des modalités de consommation d'alcool (quantité, durée, âge de début...). Le degré d'atteinte est probablement lié à une susceptibilité individuelle, peut-être génétiquement déterminée, aux effets de l'alcool sur le cerveau."
Sachant qu'en France deux millions de personnes sont alcoolo-dépendantes, et qu'actuellement lors des sevrages on ne prend pas nécessairement en compte les troubles cognitifs des patients s'ils ne sont pas touchés par le syndrome de Korsakoff, les chercheurs estiment indispensable la mise en place d'une évaluation neuropsychologique systématique des patients alcooliques. Le dépistage de ces troubles permettrait d'améliorer les prises en charge, et d'éviter l'évolution vers l'amnésie ; d'autant qu'il existe des traitements préventifs contre le syndrome.
Pour en savoir plus
De la psychologie clinique à la recherche en alcoologie
Anne-Lise Pitel, caennaise, est l'auteur principal de cette publication. Psychologue de formation, elle a ensuite intégré le laboratoire de neuropsychologie de Francis Eustache pour préparer une thèse sur les troubles cognitifs dans l'alcoolisme chronique avec ou sans Korsakoff. Son projet de recherche, coencadré par Hélène Beaunieux, a été financé par l'Inserm dans le cadre d'un programme de recherche baptisé ATC alcool (Action Thématique Concertée), lançant pour la première fois des travaux chez les alcooliques dans l'Unité Inserm 923. Ses travaux de recherche ont été menés dans le service d'alcoologie du CHU de Caen, avec l'aide de François Vabret, médecin alcoologue.
Une collaboration engagée entre l'Université de Standford et l'Unité Inserm U923
Au sein de l'université californienne de Standford, le laboratoire dirigé par Edith Sullivan et Adolf Pfefferbaum est le spécialiste mondial des atteintes cérébrales et cognitives liées à l'alcoolisme. Ce laboratoire n'ayant jamais travaillé sur la mémoire, la collaboration avec l'Unité Inserm 923 permettra aux deux équipes de mutualiser leurs recherches. Le laboratoire français apporte ses connaissances de la mémoire, de son exploration et de son évaluation, l'équipe américaine y ajoute son expertise dans l'étude des patients alcooliques.
Anne-Lise Pitel, qui a rejoint le laboratoire californien en mai, est chargée d'initier cette collaboration. Elle travaillera dans la continuité de ses travaux actuels, en étudiant cette fois les atteintes cérébrales en lien avec les troubles mnésiques des patients. Par des techniques de neuro-imagerie, elle explorera au niveau cérébral les atteintes des patients alcooliques avec ou sans syndrome de Korsakoff. Sa publication ayant montré les nombreux points communs entre les deux types de patients, il s'agira cette fois de déterminer si leurs atteintes cérébrales sont proches ou complètement différentes. Existe-t-il une certaine continuité également au point de vue de l'anatomie du cerveau ? >>
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mercredi, 21 mai 2008
Une première : l'évolution des gaz à effet de serre sur 800 000 ans
En l'absence de gaz à effet de serre (vapeur d'eau, dioxyde de carbone, méthane...), la température moyenne à la surface de la Terre atteindrait à peine -18°C. Dans ces conditions, toute vie parait impossible. Aujourd'hui, la concentration de ces gaz dans l'atmosphère a considérablement augmenté du fait des activités humaines (combustion des énergies fossiles, développement de l'agriculture). Etudier leur évolution passée permet de mieux comprendre leurs interactions avec le climat terrestre. Une telle étude est possible à partir des carottes de glace qui constituent les seules archives disponibles à ce jour pour reconstruire avec précision les teneurs passées en gaz à effet de serre.
Dans le cadre du projet EPICA, une carotte de glace forée en Antarctique, à proximité de la base franco-italienne Concordia (Dôme C), a atteint en décembre 2004 une profondeur de 3 270 mètres, s'arrêtant à quelques mètres au-dessus du socle rocheux. A ce niveau se situe une glace "âgée" de 800 000 ans, soit 8 cycles climatiques glaciaire-interglaciaires. Il s'agit de la glace la plus ancienne jamais extraite à ce jour. L'analyse des bulles de gaz piégées dans cette glace a ainsi permis d'étendre les enregistrements de la composition de l'atmosphère en dioxyde de carbone (CO2) et méthane (CH4) jusqu'à 800 000 ans (le précédent enregistrement n'avait atteint "que" 650 000 ans). A la lumière de ces nouvelles mesures, les chercheurs disposent, pour la première fois, de courbes de référence des teneurs en CO2 et CH4 témoignant de l'évolution de ces gaz sur cette période très ancienne. Une véritable aubaine pour les scientifiques qui tentent de comprendre les corrélations entre les changements climatiques terrestres et le cycle du carbone. Ces résultats laissent espérer une meilleure prédiction de l'évolution future des gaz à effet de serre, et a fortiori, du climat de la Terre.
Ce travail a déjà permis des avancées fondamentales sur plusieurs points. Il confirme, tout en l'étendant, l'étroite corrélation observée entre les températures enregistrées en Antarctique dans le passé et les teneurs atmosphériques en CO2 et CH4. Autre observation capitale : jamais, sur les derniers 800 000 ans, n'ont été relevées des teneurs en gaz à effet de serre aussi élevées qu'aujourd'hui (les valeurs actuelles dépassent 380 ppmv(5) pour le CO2 et 1 800 ppbv(6) pour le CH4). La courbe du CO2 révèle d'ailleurs les concentrations les plus basses jamais enregistrées, de 172 ppmv il y a 667 000 ans. De plus, les chercheurs ont mis en évidence une modulation (variations plus ou moins élevées) des teneurs moyennes en CO2 atmosphérique sur une échelle de temps relativement longue, c'est-à-dire de plusieurs centaines de milliers d'années. Ce phénomène inédit pourrait résulter de l'intensité plus ou moins importante de l'érosion continentale qui affecte le cycle du carbone sur de grandes échelles de temps.
Concernant l'enregistrement remarquablement détaillé du méthane atmosphérique, les chercheurs constatent une augmentation de la périodicité de la composante dite "de précession"(7) au cours du temps. Bien corrélé aux intensités de la mousson relevées en Asie du Sud-Est à travers les millénaires, ce signal reflète sans doute une intensification des moussons en régions tropicales sur les 800 000 dernières années. Enfin, la courbe du méthane révèle des fluctuations rapides à l'échelle millénaire, récurrentes au cours de chaque glaciation. L'empreinte de tels événements s'observe aussi dans le signal CO2 daté de 770 000 ans, lorsque la Terre entrait de nouveau en glaciation à la suite de l'inversion magnétique terrestre survenue il y a 780 000 ans. Cette variabilité climatique rapide serait liée aux fluctuations du courant thermohalin (circulation à grande échelle des masses d'eau qui participe à la redistribution de la chaleur sur Terre). Reste à expliquer pourquoi elle se manifeste dès le début des glaciations...
Notes :
1) Coordonné par la Fondation européenne pour la science (ESF) et la communauté européenne, le projet EPICA ou "European Project for Ice Coring in Antarctica" a obtenu le soutien financier de l'Union européenne et des 10 pays européens participants au forage (Belgique, Danemark, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Norvège, Suède, Suisse et Royaume-Uni). Les chercheurs français sont notamment soutenus par l'Agence nationale de la recherche (ANR), l'Institut national des sciences de l'univers (INSU-CNRS) et le CEA. La logistique sur le terrain à Dôme C a été assurée par l'Institut polaire français Paul-Emile Victor (IPEV), en partenariat avec le Programme national italien de recherche antarctique. EPICA a reçu le Prix Descartes pour la recherche en mars 2008.
2) Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement, CNRS / Université Joseph Fourier
3) Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, CNRS / CEA / Université Versailles Saint Quentin
4) l'Institut de Physique et le Centre Oeschger sur la recherche climatique de l'Université de Berne (Suisse), entre autres.
5) Cela signifie que parmi 1 million de molécules dans l'air, 380 seront des molécules de CO2. Un ppmv = une partie par million en volume.
6) Cela signifie que parmi 1 milliard de molécules dans l'air, 1800 seront des molécules de CH4. Un ppbv = une partie par milliard en volume.
7) La précession est le nom donné au changement graduel d'orientation de l'axe de rotation d'un objet ou, de façon plus générale, d'un vecteur sous l'action de l'environnement. Prenons le cas de la Terre : on peut considérer que l'axe des pôles précesse du fait des interactions gravitationnelles avec le Soleil. >>
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vendredi, 16 mai 2008
Quel avenir pour le commerce équitable?
Lancé il y a plus de quarante ans, le commerce équitable a été fondé sur un cahier des charges assurant aux petits producteurs une rémunération plus élevée et donc plus juste de leur production. Les filières du commerce équitable étaient à l'origine caractérisées par de petites structures spécialisées, chargées de l'importation et de la vente directe aux consommateurs, en dehors des circuits classiques de distribution. Depuis une dizaine d'années, cependant, le commerce équitable a profondément évolué : il s'est élargi à de nouveaux produits, les volumes commercialisés ont augmenté et, avec la grande distribution et Internet, ses circuits de distribution se sont diversifiés. Quels sont les effets du commerce équitable au Sud ? Quel est le point de vue des consommateurs face à cette évolution ? Qu'en est-il au Nord ? Quel est l'avenir du commerce équitable ? Telles sont les grandes questions que se posent les chercheurs du Cirad. Ils exposent leurs réponses à l'occasion du 3e colloque international sur le commerce équitable, du 14 au 16 mai, à Montpellier. Cette manifestation scientifique, dont le Cirad est co-organisateur, se tient pour la première fois en France.
Les effets du commerce équitable au Sud
De nombreuses études mettent aujourd'hui l'accent sur les effets bénéfiques du commerce équitable. Il s'agit, en particulier, d'une augmentation des revenus et du bien-être des producteurs, notamment via les prix qui leur sont payés et la réduction du risque. Les producteurs de thé rouge rooibos, originaire d'Afrique du Sud, vendent ainsi en filière équitable le double du prix de vente proposé en filière traditionnelle locale. Mais ces effets positifs ne s'arrêtent pas là : les producteurs participant au commerce équitable semblent également à la fois mieux organisés et mieux insérés dans des réseaux sociaux. Ils ont ainsi un plus grand pouvoir de négociation et davantage de connaissances que ceux qui n'y participent pas.
Ces filières ont progressivement intégré les filières dites conventionnelles. La vente des produits équitables dans les supermarchés et la déclinaison par quelques grandes multinationales (Dole, Fyffes, Malongo, Nestlé, Starbucks) de certains de leurs produits sous la bannière équitable ont fait exploser les ventes mondiales de produits labellisés Commerce équitable (Fairtrade Labelling Organization - FLO). Estimées à plus de 1,6 milliard d'euros en 2006, ces ventes affichaient alors un taux de croissance de plus de 42 % par rapport à 2005. « Malheureusement, observe Isabelle Vagneron, économiste de l'UMR Moisa, si les ventes de produits issus du commerce équitable ont considérablement augmenté, les petits producteurs peinent à récupérer une part décente de la valeur ajoutée, accaparée par les secteurs de la transformation et de la distribution. » Plus dangereux encore, ce sont souvent ces mêmes acteurs de l'aval - et non les producteurs - qui décident ce qui doit être produit, en quelles quantités, quand et sous quel label (biologique, équitable, bio-équitable). Parfois même, ils possèdent des plantations labellisées qui leur permettent de fournir le marché de manière autonome. La décision prise par le géant britannique Sainsbury's (700 millions de bananes vendues par an) de ne vendre que des bananes équitables illustre le rôle structurant joué aujourd'hui par le marché.
Le point de vue des consommateurs face au développement du commerce équitable
Le succès du commerce équitable s'explique à la fois par la solidarité des consommateurs avec les producteurs, mais aussi parce que les petits producteurs sont, à leurs yeux, garants d'une certaine qualité. Plusieurs études montrent en effet que, pour les consommateurs, « petit producteur » rime avec travail soigné, exploitation de petite taille et donc culture non intensive. En ce sens, le rôle du commerce équitable dépasse la notion d'équité et permet au consommateur de renouer avec une authenticité perdue.
Au regard de ces résultats, on peut s'interroger sur la pertinence d'une industrialisation des filières. D'après la Plateforme française du commerce équitable, les producteurs marginalisés sont aujourd'hui les premiers bénéficiaires de ce commerce. Mais la croissance soutenue de la demande en produits équitables pose le problème de la capacité de l'agriculture paysanne à y répondre.
L'augmentation de l'offre et de la labellisation de grandes exploitations dont les volumes de production seraient compatibles avec les volumes de demande en grande distribution est-elle envisageable ? Cette industrialisation des filières équitables est-elle compatible avec l'éthique du commerce équitable ? A quelles conditions ? La question est d'autant plus légitime que les attentes du consommateur en matière d'éthique, mais aussi en termes d'authenticité et de respect d'une tradition locale, pourraient s'opposer à cette industrialisation.
Ce mouvement alternatif se retrouve ainsi aujourd'hui dans une position difficile : « dans et contre » le marché. La situation a ses côtés positifs, comme la possibilité d'améliorer le bien-être d'un plus grand nombre de petits producteurs, ou l'assurance que procure le fait de représenter un certain poids économique. Elle a toutefois un certain nombre de points noirs, comme la dépendance accrue des petits producteurs à l'égard des supermarchés, qui soulignent des contradictions fortes avec les buts fondamentaux de ce mouvement soutenus par des consommateurs militants.
Le commerce équitable, témoin d'une évolution plus vaste vers un marché normalisé
Un constat similaire s'établit au Nord, au travers du commerce local ou du commerce Nord-Nord et des problématiques d'exclusion et de rééquilibrage des rapports de pouvoir. C'est le cas, par exemple, de certains producteurs français offrant des produits locaux, par choix ou par disponibilité des produits de terroir. Pour Yuna Chiffoleau, sociologue à l'UMR Innovation, « ces situations incitent, au Nord également, à une plus grande équité et à un retour à la dignité dans le travail face à une mainmise des acteurs de l'aval des filières ». Aussi, fleurissent à l'heure actuelle de nombreuses initiatives de filières alternatives comme, notamment, les circuits courts. Si les termes de commerce équitable n'apparaissent pas, cette tendance bénéficie cependant en partie de la notoriété du commerce équitable, et en revêt toutes les caractéristiques.
Au final, au-delà de l'opposition de deux représentations de la production (industrialisée vs familiale), il s'agit de l'opposition de deux systèmes de valeurs sous-tendant de véritables enjeux politiques.
Le commerce équitable témoigne par ailleurs d'une évolution plus vaste. Il préfigure une réorganisation des marchés en cours. Hier encore peu connu, le commerce équitable est aujourd'hui confronté à la concurrence de nouveaux standards. De nouvelles normes tels que Utz Kapeh, Rainforest Alliance ou encore Bird Friendly reprennent à leur compte, à des degrés variés, la référence au développement durable. Son avenir est-il menacé ? Pour Benoît Daviron, économiste à l'UMR Moisa, « il y a un risque de dilution du commerce équitable sous l'effet de sa propre stratégie d'alliance et de la montée en puissance des labels concurrents ». Ce risque s'est en outre accru ces derniers mois avec la hausse des cours internationaux. Après plusieurs années de croissance ininterrompue, le commerce équitable entre en effet dans une période de turbulence. Des prix plus élevés ne peuvent en effet qu'ôter de sa pertinence et de son intérêt au premier principe identitaire du commerce équitable : la garantie d'un prix minimum aux producteurs. Souhaitons qu'il résiste à la tentative de récupération par les multinationales et, surtout, qu'il bénéficie bien aux petits producteurs, conformément à l'objectif fondateur du commerce équitable. >>
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dimanche, 11 mai 2008
Les mutins de la guerre 14-18 réhabilités ?
Jean-Marie Bockel réfléchit à une réhabilitation, «au cas par cas», de mutins de la Première Guerre mondiale. «Nous sommes en train d’examiner l’ensemble du dossier de façon extrêmement précise» afin «de prendre une orientation» d’ici le 11 novembre, a affirmé le secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants. L'objectif est de permettre à Nicolas Sarkozy de «prendre une orientation» d’ici le 11 novembre, jour du 90e anniversaire de l’armistice de 1918, a-t-il affirmé samedi sur RTL.
«Sur les 600 personnes condamnées à mort, toutes ne l’ont pas été pour l’exemple. Il y a eu un certain nombre de droits communs et tous ceux qui l’ont été pour des raisons de refus de combattre ou de mutinerie n’ont pas été des mutins de 1917. Il y en a qui l’ont été dès 1914», a-t-il ajouté.
«Donc, il y a des situations extrêmement diverses et il faut que nous puissions apporter tous les éléments permettant en cours d’année au président de la République, s’il décide de faire ce geste de réconciliation», de prendre une décision.
Quant à savoir si les noms de ces soldats pourraient figurer sur les monuments aux morts, M. Bockel a répondu: «Ce sont des décisions qui seront prises au plus haut niveau. A chaque jour suffit sa peine. Je n’en suis pas encore au stade des propositions et le président n’en est pas encore au stade de définir précisémment quelles décisons il sera amené à prendre.»
En 1998, Lionel Jospin, alors Premier ministre de cohabitation, avait proposé la réhabilitation des mutins, mais Jacques Chirac, alors président, avait jugé ses déclarations «inopportunes». >>
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vendredi, 09 mai 2008
Union européenne : les enjeux de la présidence française
Dès l'été 2007, la France, l'un des pays fondateurs du projet européen, a fait connaître les quatre grandes priorités qui marqueront sa présidence : l'énergie, l'environnement, l'immigration, la sécurité et la défense. Un article est consacré à l'analyse de chacune de ces orientations.
À ces quatre priorités s'ajoute le projet d'Union pour la Méditerranée (UPM) du président Sarkozy qui implique tous les États membres de l'Union et non les seuls riverains de la Méditerranée. La France souhaite aussi amorcer le débat sur la réforme d'une politique agricole commune prenant mieux en compte la préférence communautaire, la sécurité alimentaire européenne et mondiale et la contribution de l'agriculture à la sauvegarde de l'environnement et à l'aménagement du territoire.
Enfin, la présidence française de l'Union européenne devra préparer l'entrée en vigueur, prévue au 1er janvier 2009 si le processus de ratification par les 27 États membres est achevé, du « traité simplifié » signé à Lisbonne le 12 décembre 2007. Elle sera évaluée non seulement à sa capacité de faire avancer ces dossiers, mais à celle de se mettre au service de l'intérêt européen et à dégager des compromis équitables.
Union européenne : les enjeux de la présidence française, Collection Regards sur l'actualité n° 340, La Documentation française, 120 pages, 7,80 euros. >>
La Documentation française
29 quai Voltaire
75344 PARIS CEDEX 07
Tél : 01 40 15 71 00
Portable : 06 32 87 92 92
Fax : 01 40 15 67 85
Site internet: www.ladocumentationfrancaise.fr
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1931. Les étrangers au temps de l'exposition coloniale
L'exposition « 1931 » évoque la situation des immigrants étrangers et coloniaux en France métropolitaine, en 1931. Dans cette période de l'entre-deux guerres, deux images contrastées s'imposent : la glorification de l'Empire colonial français et de sa « mission civilisatrice » avec l'exposition coloniale du bois de Vincennes d'une part ; la présence de 3 millions d'étrangers en France qui en font le premier pays d'immigration au monde, d'autre part.
Le visiteur est immergé dans « l'air du temps » pour questionner les liens, ou non-liens, entre étrangers et coloniaux en France, en 1931. À la manière d'un théâtre, il est invité à découvrir l'envers du décor de l'exposition coloniale. Il pénètre dans les coulisses de l'exposition, pour découvrir une réalité sociale française bien éloignée du spectacle qui se donne à voir au bois de Vincennes.
1931 : exposition coloniale et envers du décor
Interroger les représentations, confronter immigration et colonisation, croiser l'histoire des migrants coloniaux et celle des immigrés venus de l'étranger, pour essayer d'en dessiner les traits communs et les singularités sont les lignes directrices de cette exposition qui les abordent par des éclairages thématiques : le travail, la politisation des étrangers, leurs statuts, leur vie en France et les représentations qu'en véhiculent les médias...
Le travail
Avec la question du travail, on observe d'un côté la diversité des emplois occupés par les étrangers et les migrants coloniaux (les usines, les mines, l'artisanat, les petits commerces, les professions libérales, les artistes et les intellectuels) et, de l'autre, les difficultés que pose, pour ces travailleurs immigrants, un contexte de crise économique.
La politisation des immigrants étrangers et coloniaux
Avec la question du rapport des immigrants étrangers et coloniaux au politique, on entr'aperçoit un contexte riche en débats et en mouvements, où les immigrants sont tantôt tournés vers la situation politique française, tantôt vers celle de leur pays d'origine. On retient notamment l'exemple des antifascistes italiens et des premières contestations de l'ordre colonial dans l'immigration (Ho Chi Minh, Leopold Sedar Senghor, Messali Hadj)...
L'Etat, les étrangers et les coloniaux
En contrepoint de la politisation des migrants, vient leur évocation dans les discours politiques français (à la fois par l'Etat, par les partis politiques et par les syndicats) et, au-delà, la façon dont ils sont appréhendés par l'administration : quels sont les termes, les catégories et les dénominations utilisées pour parler des étrangers et des coloniaux ? quels sont leurs différents statuts (notamment entre étrangers et coloniaux) ? quel est l'arsenal des mesures coercitives mises en place à cette époque et quels groupes touchent-elles plus particulièrement ?
La vie en France
La question de leur vie en France et de leur présence dans la société française vient terminer ce tableau via des thèmes comme les mariages mixtes, l'école, l'armée, les lieux de sociabilité (associations, cafés, fêtes...) mais également leurs pratiques culturelles au sens large (bals musette, chansons populaires, sport, radio, cinéma...).
Le rapport à l'Autre
Tout cela, par la scénographie de l'exposition, est mis en parallèle avec la question des représentations et notamment celles véhiculées par l'exposition coloniale qui sont à l'antipode de cette réalité sociale : mise en scène démesurée de l'Empire, sa glorification, le rappel de la « mission civilisatrice » de la France outre mer et de l'« exotisme des populations indigènes »... Cette exposition qui a été vue par des millions de visiteurs a suscité un réel engouement. La question du rapport aux autres est également abordée à travers les marques de xénophobie de l'époque et leur diffusion par les médias (presse, tracts, affiches, caricatures, cinéma) comme, par exemple, l'utilisation de faits divers par la presse grand public pour associer étrangers, coloniaux et délinquants.
Par le biais de photographies, d'extraits de films, de documents d'archives, le tout scénographié par l'architecte Massimo Quendolo, cette exposition rend compte de la complexité de cette époque que porte en lui le Palais de la Porte Dorée, vestige de l'exposition coloniale de 1931 et désormais Cité nationale de l'histoire de l'immigration.
Commissariat
L'exposition est produite par la Cité nationale de l'histoire de l'immigration
Commissaire général :
- Jacques Hainard est directeur du Musée d'ethnographie de Genève (MEG), conservateur du Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN) d'octobre 1980 à janvier 2006, chargé de cours d'ethnomuséographie à l'Institut d'ethnologie de l'Université de Neuchâtel d'octobre 1980 à septembre 2006
Commissaires associées :
- Laure Blévis est sociologue, maître de conférence à l'université de Paris X-Nanterre et membre de l'Institut des Sciences sociales du Politique (ISP, CNRS). Elle est l'auteur d'une thèse de science politique portant sur le droit de la nationalité et de la citoyenneté dans l'Algérie coloniale (1865-1947). Ses recherches actuelles se concentrent sur les usages du droit en contexte colonial, en particulier sur les questions électorales. Elle mène parallèlement une réflexion sur l'écriture d'une histoire sociale de la colonisation rendant compte des pratiques quotidiennes et complexes à l'oeuvre dans les sociétés coloniales.
- Nanette Jacomijn Snoep est depuis plusieurs années responsable au musée du quai Branly de l'unité patrimoniale Histoire. Cette unité comprend entre autres les peintures et sculptures en provenance de l'Exposition coloniale de 1931 transférées après sa clôture au musée des Colonies. Anthropologue de formation, elle enseigne l'histoire de l'art africain et l'histoire des collections extra-européennes à l'université de Paris X et à l'Ecole du Louvre.
- Hélène Lafont-Couturier aujourd'hui à la tête de la direction muséographique de la Cité, elle a été successivement conservateur au musée des Beaux-Arts de Bordeaux de 1983 à 1990 puis du musée Goupil de cette même ville de 1990 à 1997, et enfin du musée d'Aquitaine de 1998 à 2004.
- Claire Zalc est chargée de recherche au CNRS, à l'Institut d'histoire moderne et contemporaine (ENS-Ulm). Elle travaille sur l'histoire de l'immigration au XXe siècle, ainsi que sur l'histoire sociale et économique de l'entreprise et des entrepreneurs. Ses recherches portent notamment sur l'histoire des artisans et commercants à Paris pendant l'entre-deux-guerres, les relations entre juifs et catholiques polonais dans la région lensoise des années 30 aux années 70 et la politique d'identification et d'aryanisation visant les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle mène parallèlement une réflexion sur les manières de faire et d'écrire l'histoire.
Scénographie : Massimo Quendolo. >>
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jeudi, 08 mai 2008
Travaillant à l'étranger, les hommes envoient moins d'argent à leur famille que les femmes
<< Une nouvelle étude menée par l'OIM (Organisation Internationale des Migrations) et l'Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme des Nations Unies (INSTRAW) révèle que les hommes qui migrent sans leur famille ont tendance à créer une nouvelle famille dans le pays de destination et cessent d'envoyer de l'argent à leur famille restée au pays.
Cette étude, intitulée « Género y Remesas: Migración colombiana del AMCO hacia España » (Remises de fonds en fonction du genre des migrants : migrants colombiens de la zone métropolitaine centre-ouest partis en Espagne), confirme que lorsque les femmes migrent, les enfants restent généralement au pays et sont confiés à leur grand-mère. La réunification familiale s'effectue généralement dans le pays de destination et peu de femmes rentrent au pays.
Cette étude a été menée en Espagne et en Colombie, dans la zone métropolitaine centre-ouest (AMCO en espagnol), une zone de culture du café comptant 1,2 million d'habitants, bordée par le triangle économique colombien comprenant les villes de Bogota, de Medellín et de Cali.
Bien que l'expérience de la migration et sa finalité soient différentes selon les sexes, les tendances en matière de remises de fonds sont très similaires si l'on prend compte des sommes envoyées par les migrants.
Cette étude révèle cependant que bien que les sommes envoyées soient similaires, elles représentent une charge plus lourde pour les femmes dont les salaires sont bien inférieurs à ceux des migrants hommes. En dépit de ces disparités en termes de revenus, les femmes envoient de l'argent plus souvent et sur de plus longues périodes. Les remises de fonds des femmes migrantes de la région AMCO représentent 54 pour cent des remises de fonds dans cette région. En 2006, les migrants colombiens ont envoyé 4,2 milliards de dollars dans leur pays d'origine au travers des remises de fonds.
Cette étude révèle par ailleurs que lorsque les femmes migrent et envoient de l'argent au pays, on constate une nette amélioration des stratégies familiales en termes d'investissements, en particulier en matière de logement. Les auteurs expliquent cependant que ce phénomène n'est pas lié aux sommes envoyées, mais au fait que les maris restés au pays contribuent également aux finances familiales. En revanche, concernant les femmes dont les maris ont migré, les investissements sont considérablement moins importants et les sommes envoyées sont dépensées pour subvenir aux besoins les plus élémentaires. En effet, les hommes disent pour la plupart avoir migré pour que leur femme arrête de travailler et reste à la maison pour s'occuper de la famille.
Cette étude souligne par ailleurs que les femmes migrent pour améliorer la vie de leur famille. Cependant, elles migrent souvent pour échapper aux problèmes domestiques, en particulier aux violences physiques.
« Lorsque j'ai décidé de migrer, j'ai préféré mentir. J'ai dit à mon mari que je le ferai venir dès que possible. Mais je savais que je lui mentais : j'avais décidé qu'il fallait mettre un terme à cette situation. Je ne supportais plus notre vie. Il était violent. J'ai très peu de bons souvenirs de notre vie commune » a déclaré une femme migrante interviewée en Espagne.
D'après le Département des statistiques colombien (DANE en espagnol), 3,3 millions de Colombiens vivaient à l'étranger en 2005, soit 7,3 pour cent de la population. Les principaux pays de destination sont les Etats-Unis (35,4%), l'Espagne (23,3%) et le Venezuela (18,5%).
Cette étude est basée sur une étude sur les migrations internationales et une étude sur les remises de fonds de l'OIM, ainsi que sur des interviews de migrants (hommes et femmes) en Espagne et de familles de la région AMCO. >>
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